Sciences de la vie et de la Terre

La pédagogie de projet au lycée à travers les « éducation à »

07 / 07 / 2015 | Sophie Pons

La pédagogie de projet n’est pas une réflexion récente. Elle trouve son origine dans les travaux de l’américain John Dewey (1859-1952) : c’est en agissant que l’élève se construit ( Learning by doing ). Elle repose sur une démarche dans laquelle les élèves découvrent par eux-mêmes ce qu’ils ont besoin d’apprendre pour mener à bien un projet. Ainsi l’organisation par une classe d’un voyage scolaire peut être l’occasion de découvrir la géographie d’une région, la dimension économique d’un voyage et les outils nécessaires pour la préparer, etc… La démarche de projet s’appuie donc sur une pédagogie dite active dans laquelle l’élève construit lui-même ses savoirs dans l’action (approche constructiviste). Elle a pour but notamment de stimuler sa motivation et donner du sens aux apprentissages.

Les réflexions plus récentes des chercheurs en sciences de l’éducation font apparaître que la pédagogie de projet reste plus que jamais pertinente car elle permet de surprendre les élèves et de créer des conditions favorables au développement de leur personne, face à la complexité actuelle du monde dans lequel nous vivons. Une démarche de projet intègre ainsi des dimensions d’innovation, de création et d’entreprise. Pensées divergentes, créativité, innovation, quand elles riment avec capacité à s’intégrer dans un collectif, sont des valeurs sûres.

Le contexte des « éducations à » (à la santé, au développement durable) se prête tout particulièrement à la mise en œuvre de projet répondant à ces objectifs, avec un objectif d’éducation au choix des élèves mais aussi de construction de la personne et de la responsabilité citoyenne. La pédagogie de projet peut aider à la mise en œuvre pratique des thématiques structurantes des programmes, en donnant par exemple de la matière aux thèmes 2 et 3 précisément écrits dans cet esprit d’ « éducation à ».

Mais les travaux en sciences de l’éducation montrent aussi certains biais et difficultés liés à la pédagogie de projet : notamment peut-on concilier la logique d’action du projet avec la logique de formation de l’élève ? Ceci relance aujourd’hui la nécessité d’une réflexion : qu’est-ce qu’un projet formateur pour un élève ? Comment rassembler les conditions pour mettre un élève en démarche de projet ?

Le séminaire, qui s’est déroulé les 12 et 13 mai 2015 à l’atelier Canopé du Val de Marne, poursuivait ainsi trois objectifs :

  • Réfléchir au sens d’un « projet » formateur pour l’élève ;
  • Envisager les conditions favorables pour construire un enseignement par projet, en SVT, notamment dans le cadre des « éducation à » ;
  • Apporter des ressources et identifier des leviers pour faire vivre une pédagogie du projet au lycée.

  Des témoignages pour réfléchir ensemble à la pédagogie de projet :

La préparation de la matinée du séminaire a reposé sur un travail d’équipe, avec une dizaine de professeurs de lycée qui se sont réunis pour réfléchir ensemble à ce qui fait la force et les enjeux d’un projet. Merci à eux ! Quatre d’entre eux ont bien voulu accepter de présenter lors de ce séminaire un projet, mené en classe avec leurs élèves. Ces projets ne sont pas « modélisants » mais ils représentent de beaux exemples pour nous servir de matériel de départ et réfléchir tous ensemble sur un principe participatif. En effet après chaque table ronde, les enseignants dans la salle ont pu s’exprimer sur les points forts des projets présents, par l’intermédiaire d’un mur virtuel partagé (Padlet) avec leur matériel numérique mobile. C’est donc notre intelligence collective que nous avons mobilisée pour envisager ce qui fait la force d’un projet « réussi ».

Après les témoignages organisés sous la forme de 2 tables rondes, des grands témoins ont pu apporter leur regard, pour synthétiser les propos, les enrichir ou apporter un éclairage supplémentaire. Des cartes mentales ont été élaborées pour rassembler l’ensemble des points forts éclairés par le regard des grands témoins : Monique Dupuis, Catherine Reverdy, Jean-Jacques Paysant.

L’ensemble des documents est mis ici à votre disposition : les présentations des quatre projets, le Padlet (du 12 et du 13 mai) et les cartes mentales. Des documents élaborés dans le cadre des ateliers et du forum vous sont également proposés.

Table ronde 1 : l’élève acteur du projet ?

  • Mme Bénédicte Hare, Lycée Pablo Picasso, Fontenay sous bois
  • Mme Marion Zanetti, Lycée Léon Blum, Créteil

Un projet commence souvent sur une envie de professeur ou d’élève... La logique d’action du projet conduit à l’élaboration en équipe pédagogique d’un programme d’actions, de temps de travail répartis dans un calendrier, que ce soit d’ailleurs sur le temps long ou sur le temps court. On cherche à identifier le bon dispositif, les plages horaires mobilisables, les échéances... D’une manière générale le professeur amène des cadres. Ils sont nécessaires. Parfois sont-ils contraignants ? A quel moment le projet se doit-il d’être celui du professeur ou celui de l’élève ? Comment motiver, mobiliser, investir les élèves… comment les rendre acteurs eux-mêmes du projet ? Comment « donner le temps » aux élèves pour se mettre eux-mêmes en démarche de projet et comment se positionner alors en tant que professeur ? C’est ce que nous avons soumis à l’analyse des participants lors de cette première table ronde, à partir des présentations de deux projets, celui de Mme Hare, et celui de Mme Zanetti, deux projets très différents, par leur thème, leurs objectifs, leur durée.
Présentation de Mme Hare
Présentation de Mme Zanetti (Prézi)

Table ronde 2 : un projet co-construit pour servir les apprentissages ?

  • Mme Stéphanie Dalaine, Lycée Delacroix, Maisons-Alfort
  • Mme Marie Dubar, Lycée Saint Exupéry, Créteil

La logique d’action du projet conduit à élaborer un programme de travail, mais aussi à identifier et intégrer des partenariats. La logique de formation des élèves nécessite, elle, d’avoir des objectifs d’apprentissages précis, définis par le professeur. Le partenaire a lui aussi des objectifs à travers sa participation au projet. Il est donc important d’identifier le bon partenaire, mais aussi d’apprendre à travailler avec lui. En effet l’enjeu du projet est bien la formation de l’élève. Comment utiliser dans ce contexte toute la richesse du partenariat ? Comment co-constuire un projet avec un/des partenaires, en tenant compte des enjeux pour chaque partie ? Comment faire intervenir le partenaire au bon moment ? Comment identifier des objectifs d’apprentissage, les rendre explicites pour les élèves, les « tenir », les évaluer ? Ces questionnements ont ainsi été soumis à la réflexion des participants à travers la présentation des projets de Mme Dalaine et de Mme Dubar, tous deux inscrits dans une éducation au développement durable.
Présentation de Mme Dalaine
Présentation de Mme Dubar

Synthèse de la matinée par les Grands Témoins : des points de vigilance pour un projet réussi

  • Mme  Monique Dupuis, IGEN groupe STVST
  • Mme Catherine Reverdy, cellule de veille de l’Ifé (12 mai)
  • M. Jean-Jacques Paysant, délégué académique à l’action culturelle (13 mai)

La matinée a permis de faire émerger de façon collective des points de vigilance pour construire un projet réussi, formateur pour l’élève. La synthèse vous est proposée ici sous plusieurs formes :

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  Des ateliers pour poursuivre les réflexions et tester des outils :

L’après-midi, cinq ateliers ont été proposés, au choix des participants qui pouvaient s’inscrire à deux d’entre eux. Voici ici les ressources proposées dans le cadre de ces ateliers, pour se préparer en amont ou pour approfondir ensuite.

  • Atelier 1 - Sciences participatives et partenariat : découvrir la biodiversité de proximité avec Vigie Nature Ecole. Sébastien Turpin (MNHN)
  • Atelier 2 – La fabrique de l’information scientifique : de la méthodologie du journaliste scientifique et son usage en classe. Elodie Gautier et Perrine Le Dus (CLEMI), Olivier Boulanger (journaliste scientifique).
  • Atelier 3 –Un projet 3.0. Guillaume Azema, Florian Daniel, Patrice Nadam.
  • Atelier 4 – Apporter une dimension internationale à un projet : comment devenir un eTwinner ? Aurélie Brunel (Corac etwinning) et Frédéric Armand (professeur SVT etwinner).
  • Atelier 5 – Des croisements entre arts et sciences pour une démarche de projet. S Coudurier, M Vannier (atelier théâtre et sciences le 12) et JJ Paysant (DAAC , le 13 atelier sciences et création artistique).

Voir les « ressources ATELIERS »

  Un Forum pour découvrir des partenaires et des ressources :

Construire un projet, c’est aussi savoir identifier le bon partenaire et le bon moment pour le faire intervenir. Un forum a ainsi été proposé lors de ce séminaire, pour permettre aux enseignants de rencontrer divers partenaires dans le cadre des éducations à. Trois pauses, ménagées pendant la journée ont permis à chacun d’aller à la rencontre des partenaires, installés dans les espaces ouverts du Canopé.

Voir les « ressources PARTENAIRES FORUM »

  D’autres ressources pour poursuivre ses réflexions :

 

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