Sciences de la vie et de la Terre

Baisse dramatique de la population des gorilles et chimpanzés

01 / 04 / 2003 | Liliane Grandmougin | Sacha Touille

Parce
que la démographie humaine galopante a dévasté les habitats des gorilles
et des chimpanzésen Afrique de l’Est et de l’Ouest, les forêts
du Gabon et de la République démocratique du Congo étaient considérées
comme le dernier refuge de ces grands singes. Ces deux pays contiennent
à eux seuls 80% de la population mondiale de gorilles (Gorilla gorilla)
et la plupart de celles des chimpanzés (Pan troglodytes). Des résultats
récents viennent hélas de montrer qu’entre 1983 et 2000, plus de la moitié
des animaux a disparu. Ils sont pris entre les deux mors d’une terrible
tenaille, l’une, comme souvent, est d’origine humaine ; l’autre nous
rappelle que Mère Nature est encore « le plus grand des bioterroristes ».

La
première cause de ce déclin est la chasse, facilitée par l’utilisation
d’engins automatiques de déboisement des 60% (Congo) et 80% (Gabon) de
forêts primaires restantes. La quête de la « viande de brousse »,
jusqu’ici réservée à la subsistance de quelques villageois, est devenue
une entreprise commerciale. Des groupes de braconniers, très organisés,
suivent les routes tracées par les engins pour entrer plus avant dans
les forêts ­y compris les parcs nationaux et réserves naturelles- et en
rapportent la viande qu’ils vendent parfois dans les grandes villes, à
des centaines de kilomètres de là. Le commerce est fructueux : la
« viande de brousse » se vend à environ la moitié du prix des
autres viandes à Libreville, capitale du Gabon ; même si elle reste
coûteuse pour beaucoup de personnes, 42% seulement de celles interrogées
déclarent ne jamais manger de viande de gorille.

La
seconde cause de disparition des grands singes est une vaste épidémie
due au virus Ebola, qui déclenche des fièvres hémorragiques. Les incursions
humaines en forêt ont mis en contact étroit les singes et le virus, qui
se transmet par le contact ou l’ingestion d’un animal infecté. Des chasseurs
ont déclaré trouver moins de proies et de nombreux cadavres de singes,
dans la région de Minkébé (Gabon) où sévit une épidémie humaine. Le même
virus progresse au Congo. Depuis décembre 2002, à Lossi, 7 cadavres de
gorilles et 5 de chimpanzés ont été découverts. La population originelle
comptait 143 individus, seuls 7 ont été retrouvés vivants, malgré les
recherches. L’épidémie s’approche maintenant de l’Odzala National Park,
qui compte la plus forte densité au monde de grands singes.

La
solution à cette crise ne se trouve pas dans le développement durable
ou l’envoi de fonds pour lutter contre la pauvreté locale ; bien
qu’indispensable pour la population humaine, cela ne peut convenir dans
l’immédiat à la sauvegarde des grands singes : il y a urgence. On
estime qu’à ce rythme, la population de gorilles et chimpanzés va diminuer
d’encore 80% ans les trois décennies à venir. La chasse intensive et l’Ebola
auront fait des dégâts irrémédiables. De plus, le contexte socio-économique
et politique ne favorise pas un développement de l’écotourisme ;
l’observation des gorilles comme source de revenue est hélas insuffisante
face à d’autres ressources beaucoup plus rentables.

A
court terme : il faut prendre des mesures d’urgence sur les sites
encore intacts en renforçant massivement les contrôles de braconnage,
la loi étant peu appliquée sur le terrain et en mettant en quarantaine
toute population infectée. A long terme, il faudra mettre en place une
réelle politique de protection des réserves naturelles, par exemple en
impliquant les grandes compagnies d’exploitations forestières et pétrolières
dans cette sauvegarde, ainsi qu’une surveillance du commerce illégal de
« viande de brousse » sur leurs sites. En termes de santé publique,
la situation est très dangereuse : d’après Richard Ruggiero, du programme
africain pour l’US Fish and Wildlife Service, « il est peu probable
qu’aucune grande ville au monde, ayant des immigrants Ouest Africains,
ne reçoive de viande de singe ». Des fonds doivent être débloqués
pour trouver le réservoir du virus Ebola (chauve-souris ou autre petit
mammifère ?) et développer un vaccin ; des résultats prometteurs
en laboratoire doivent être maintenant testés, pour immuniser non seulement
les populations humaines mais aussi les grands singes. Ceux-ci risquent
avoir le triste privilège de passer de statut d’espèces menacées à celui
de gravement menacées d’extinction.

L.G.

Sources :

Nature,
vol.422 ­ 10 Avril 2003

Pour
en savoir plus :

 

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