Sciences de la vie et de la Terre

Dans le sillage des poètes, les géologues en Val de Bièvre.

01 / 02 / 2014 | Laurent Cella

Avant d’être connu pour son centre d’examens et de concours, Arcueil était un petit village dans la vallée de la Bièvre, aux coteaux recouverts de vignes et parsemés de carrières. Au 16e siècle, Ronsard et ses copains de la Pléiade y trouvaient l’inspiration au pied de l’aqueduc antique et après avoir goûté le vin local.


Iö, je voy la valée
Avalée
Entre deux tertres bossus
Et le double arc qui emmure
Le murmure
De deux ruyseletz moussus.
C’est toy Hercueil, qui encores
Portes ores
D’Hercule l’antique nom.

Aujourd’hui, la rivière a été recouverte mais on devine sa présence grâce à l’étroite vallée qu’elle a creusée à proximité de Paris. L’excursion d’une demi-journée, ici proposée, est adaptée aux classes de collège. Elle permet d’aborder les notions du cycle central : l’érosion, la sédimentation, l’utilisation des roches locales, la réhabilitation des anciennes carrières et la surveillance des galeries d’extraction abandonnées.

 1- Accès

  • RER B, station Arcueil-Cachan pour l’aller.
  • RER B, station Bagneux pour le retour.
  • Bus n° 172 puis n° 162 en provenance de la banlieue est.

 2- Situation

La Bièvre est une rivière qui prend sa source à Guyancourt, au Sud du parc du château de Versailles. Elle a entaillé le plateau de Beauce d’Ouest en Est, puis du Sud au Nord à partir d’Antony. Elle se jetait initialement dans la Seine à 220 m en amont du pont d’Austerlitz, devant la gare éponyme, non loin du Jardin des Plantes [1].

Dans la partie qui nous intéresse, à l’Est, un petit plateau se dessine. Il est délimité à l’Ouest par la vallée de la Bièvre, à l’Est par la vallée de la Seine et au Sud par les vallées de l’Orge et de l’Yvette. Il s’agit de ce que l’on appelait autrefois : le plateau de Longboyau, sur lequel se trouve l’aéroport d’Orly entre autres. Géologiquement il appartient au plateau de Brie car il est recouvert par le calcaire du même nom alors que l’on ne trouve pas celui-ci du côté ouest sur le plateau de Meudon.

Figure 1 : Relief du Sud de Paris.
Figure 1 : Relief du Sud de Paris.

La Bièvre a entaillé profondément le plateau ce qui a permis de découvrir de nombreuses strates géologiques utiles : le sable, l’argile et surtout le calcaire lutétien. En outre, l’argile verte qui s’étale sur tout le plateau de Longboyau, est à l’origine des sources qui alimentaient l’aqueduc romain, puis celui de Médicis.

Figure 2 : Coupe de la vallée de la Bièvre à Cachan.
Figure 2 : Coupe de la vallée de la Bièvre à Cachan.

Comme on peut le voir sur la coupe, la craie remonte vers le Nord-Ouest à cause de l’anticlinal de Meudon. Elle affleure même dans cette localité où elle fut exploitée pour fabriquer le blanc de Meudon entrant dans la composition de certaines peintures et mastics ou utilisé comme abrasif pour le nettoyage.
Cette entaille de la Bièvre fut incontestablement bénéfique pour Paris en construction, mais parfois, elle posa de sérieux problèmes pour la traverser. Les romains tout d’abord qui durent construire le premier aqueduc pour alimenter Lutèce. Le même problème se posa au 17e siècle et au 19e siècle avec la construction de l’aqueduc de Médicis, puis celui de Belgrand. De nouveau au 20e siècle, le raccordement de l’autoroute A6 au périphérique, nécessita la construction d’un important viaduc pour franchir la vallée. Des colonnes de béton de 20 à 30 m furent coulées afin de poser l’ouvrage sur la craie [1]. Et ce n’est pas fini car le projet de transports en commun dit « du grand Paris » va lui aussi être confronté au même problème. En effet, une station de la ligne n°15 est prévue au niveau de l’institut du cancer Gustave Roussy à Villejuif, sur le bord du plateau de Longboyau donc. Or, la ligne de métro souterraine qui traverse la vallée de la Seine à l’Est ne peut pas remonter à ce niveau car après il y a la vallée de la Bièvre à l’Ouest qu’elle devrait alors traverser avec un viaduc situé, au moins, à la même hauteur que l’aqueduc de Belgrand ! Conclusion, la station « Gustave Roussy » sera très profonde, au niveau des marnes et de la masse du gypse. Des ascenseurs permettront aux voyageurs d’accéder à l’institut du cancer situé 51 m plus haut, soit la hauteur d’un immeuble de 15 étages. La ligne pourra ainsi redescendre en souterrain, passer sous la Bièvre, puis remonter vers Bagneux, sur le plateau de Meudon, en évitant une pente trop importante. De nombreuses anciennes galeries d’exploitation du calcaire grossier seront à consolider.

 3- La Bièvre

Initialement, la Bièvre était une jolie rivière. En 2 millions d’années environ [2] elle a creusé le coteau d’Arcueil-Cachan haut de presque 80 m, soit une érosion moyenne de 4 mm par siècle ! Elle coule aujourd’hui à une altitude de 45 m sous le pont-canal de l’aqueduc.
Bien qu’il y ait peu de courant car la pente est faible, de nombreux moulins à eau s’installèrent sur ses rives. Puis arrivèrent les tanneurs et les blanchisseurs chassés de Paris car jugés trop polluants. Peu à peu la rivière se transforma en égout à ciel ouvert. On décida alors de la recouvrir progressivement à partir du 19e siècle, en commençant par sa partie aval. Dans les années 1950, cette couverture s’acheva. Aujourd’hui elle est donc couverte depuis Paris jusqu’à Antony. Elle ne se jette plus dans la Seine mais dans le collecteur d’eaux usées dit « de Bièvre » qui conduit l’eau jusqu’à l’usine d’épuration d’Achères. Un projet de réouverture est à l’étude mais par les temps qui courent, le nerf de la guerre fait défaut. De nos jours, pour voir la Bièvre couler il faut donc longer son cours, vers la haute vallée, à partir d’Antony.

Figure 3 : Les blanchisseries au bord de la Bièvre, à Arcueil-Cachan, au début du 20<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle.
Figure 3 : Les blanchisseries au bord de la Bièvre, à Arcueil-Cachan, au début du 20e siècle.

De nombreux étangs ont été creusés au fil des siècles pour régulariser son débit et alimenter correctement les industries qui s’étaient installées sur ses rives. Des puits artésiens ont même été creusés pour essayer d’entretenir un courant suffisant, mais très vite ils se sont taris [1].
Le lit de la rivière a été déplacé à plusieurs endroits. Des canaux ont été creusés pour alimenter les moulins et les jardins. C’est pour cette raison que, parfois, deux Bièvres coulaient dans la vallée : la rivière vive et la rivière morte. Le bras mort était en fait le lit originel [1].

 4- Les aqueducs

A la fin du 2e siècle, Paris manquait d’eau. Des sources, situées en hauteur sur le plateau de Longboyau à Rungis et à Wissous, qui alimentaient l’ancien ru de Rungis, affluent de la Bièvre, furent choisies pour alimenter, entre autres, les thermes de Cluny dans Lutèce. Le plateau fut drainé, entre Morangis, Chilly-Mazarin et Wissous, avec un ensemble de pierrées c’est à dire des canalisations en pierres sèches posées sur la couche imperméable : l’argile verte. L’eau qui séjourne dans les couches supérieures, en particulier le calcaire de Brie, s’infiltrait à travers les pierres dans la canalisation. Ces dernières aboutissaient dans un bassin de décantation. Puis l’eau empruntait l’aqueduc proprement dit jusqu’à sa destination finale parisienne située à 16 km [1].

Figure 4 : Pierrée de l'aqueduc pour recueillir l'eau.
Figure 4 : Pierrée de l’aqueduc pour recueillir l’eau.

La plupart du temps, l’aqueduc romain d’Arcueil était souterrain. Le franchissement de la vallée nécessita la construction d’un pont-canal à Arcueil-Cachan. L’emplacement de celui-ci ne fut pas décidé au hasard. On choisit l’endroit où se trouve un éperon du plateau de Longboyau sur la rive droite de la Bièvre. C’est l’endroit le plus étroit de la vallée. L’ancien méandre de la rivière détermina donc l’emplacement du pont-canal.

Figure 5 : L'aqueduc romain.
Figure 5 : L’aqueduc romain.

Au 17e siècle, les ingénieurs de Marie de Médicis reconstruisirent l’aqueduc ainsi que son pont-canal au même endroit. Au cours du temps, on augmenta le volume d’eau de l’aqueduc en captant d’autres sources sur le plateau de Longboyau à Fresnes, L’Hay, Cachan… Toute cette eau captée par l’aqueduc ne coulant plus vers la Bièvre, le débit de celle-ci diminua d’autant. Les propriétaires des moulins râlèrent, quelques-uns furent indemnisés. Aujourd’hui, l’aqueduc de Médicis ne sert plus qu’à alimenter le lac du parc Montsouris [3] car les sources de Rungis sont quasiment à sec du fait de l’urbanisation, la pluie ne pouvant plus alimenter suffisamment la nappe phréatique.

Au 19e siècle, Belgrand construisit son pont-canal à 38 m au-dessus du fond de la vallée, sur celui de Médicis situé 20 m plus bas. Ses sources d’eau se situent cependant beaucoup plus loin, entre Sens et Troyes [4]. L’aqueduc de la Vanne est en effet long de 173 km.

Au début du 20e siècle, on construisit un dernier aqueduc dit du Loing et du Lunain, provenant de Nemours, au Sud de l’Ile de France, pour alimenter Paris. Il fut rejoint en 1924 par l’aqueduc de la Voulzie en provenance de Provins, en Seine et Marne [1]. Le système choisi pour le franchissement de la Bièvre est différent, il s’agit d’un siphon. Autrement dit, d’un tuyau qui descend dans la vallée puis remonte de l’autre côté, ce n’est plus un canal comme précédemment. Pour limiter la pression, la construction d’un pont soutenant le tuyau est cependant nécessaire mais celui-ci est beaucoup moins haut que le pont-canal. Ce pont-siphon est situé plus en amont, c’est la « coulée verte » de Cachan.

 5- Itinéraire

Figure 6 : Itinéraire de l'excursion.
Figure 6 : Itinéraire de l’excursion.

Arrêt n° 1 : Le pont-canal de l’aqueduc de la Vanne.

Il faut compter une heure et demie de marche et autant pour les arrêts si on veut parcourir la totalité du trajet. Certains arrêts peuvent cependant être délaissés.

Dès notre arrivée à la station Arcueil-Cachan du RER B, nous avons une vue sur le pont-canal de l’aqueduc qui traverse la vallée. Il s’agit ici d’un des ouvrages majeurs de l’aqueduc de la Vanne construit sous la direction d’Eugène Belgrand en 1867 en meulière caverneuse et en ciment. Cette roche de couleur rouille a été abondamment utilisée au 19e siècle et au début du 20e siècle pour bon nombre d’édifices publiques : dispensaires, écoles, mairies, ponts… mais également privés : pavillons, murs de clôture … Il s’agit d’une formation géologique superficielle liée à un phénomène d’altération du calcaire, ce processus est appelé meulièrisation. En Ile-de-France, on l’observe à la surface du plateau de Brie en relation avec le calcaire de Brie, ainsi qu’à la surface du plateau de Beauce en relation avec le calcaire de Beauce.

Figure 7 : La meulière en Ile-de-France.
Figure 7 : La meulière en Ile-de-France.

Les carrières de meulière les plus proches d’Arcueil-Cachan étaient situées dans le bois de Meudon, le plateau de Verrière et la forêt de Montmorency [5]. La meulière de la Ferté-sous-Jouarre en Seine et Marne, était réservée à la fabrication des meules, d’où le nom de cette roche.

Nous longeons le pont-canal de l’aqueduc du côté Arcueil (par la gauche donc), par le Boulevard Jacques Desbrosses, qui est une impasse pour les voitures.

Arrêt n° 2 : Le pont-canal de l’aqueduc de Médicis.

Un peu avant l’escalier situé au fond de l’impasse, apparaît l’aqueduc de Médicis sur lequel repose celui de la Vanne. Il débute par un regard en moellons de calcaire dans lesquels on peut observer quelques fossiles. L’aqueduc a été construit en 1613 sur ordre de Marie de Médicis, la veuve d’Henri IV assassiné et la mère de Louis XIII. La roche qui le constitue est claire, presque blanche, il s’agit du calcaire lutétien souvent appelé calcaire grossier. Jean Coin, l’entrepreneur chargé de la construction acheta deux carrières à pierres : l’une au « Petit Cachan sous la garenne », l’autre à Arcueil. La roche a donc été extraite sur place. Le pont-canal qui traverse la vallée est long de 379 m. En bas de l’escalier, nous tournons à gauche dans la rue Emile Raspail.

Figure 8 : Les deux aqueducs superposés.
Figure 8 : Les deux aqueducs superposés.

Arrêt n° 3 : Le centre Marius Sidobre.

A l’intersection de la rue Cauchy, le centre Marius Sidobre (ancienne mairie d’Arcueil-Cachan) permet de présenter un grand nombre de roches. Le soubassement en meulière caverneuse, les angles en calcaire lutétien, les murs en briques et le trottoir en grès constituent un panel presque complet des ressources géologiques de l’Ile-de-France (il ne manque que le gypse). L’ardoise du toit et les pavés en granite de la route sont des matériaux importés d’autres régions.

Figure 9 : Le centre Marius Sidobre.
Figure 9 : Le centre Marius Sidobre.

Entrez dans le centre et montez au premier étage (n’oubliez pas de passer à l’accueil par politesse). En haut de l’escalier se trouve un tableau de taille importante « Les bardeurs, construction de Paris » peint en 1860 par Danguy. Il représente des carriers tirant un chariot de blocs de calcaire comme ceux qui sortaient des carrières d’Arcueil-Cachan.

Figure 10 : Les bardeurs.
Figure 10 : Les bardeurs.

Arrêt n° 4 : L’église.

Revenir dans la rue Emile Raspail pour admirer l’église Saint-Denys du 12e siècle, entièrement construite en calcaire lutétien. Le cercle gravé sur la droite de la porte d’entrée, représente le diamètre de la grande cloche de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il permet de se rendre compte que cette roche est tendre et peut facilement être travaillée avec une pointe ou une scie, par exemple, comme on le voit sur les représentations anciennes.

Figure 11 : L'église Saint-Denys à Arcueil.
Figure 11 : L’église Saint-Denys à Arcueil.

Arrêt n° 5 : Le puits.

Un peu plus loin, dans la rue, au n° 40, prendre à droite la ruelle de la Maison à la Colonne. A droite, outre un vieux mur en calcaire, on peut constater la présence d’un ancien puits. La nappe phréatique qui l’alimente est liée à la présence de la couche d’argile plastique imperméable qui tapisse tout le fond de la vallée.

Figure 12 : Les puits de la nappe phréatique due à l'argile plastique.
Figure 12 : Les puits de la nappe phréatique due à l’argile plastique.

Arrêt n° 6 : L’aqueduc romain.

Nous revenons en arrière vers le pont-canal de l’aqueduc que nous continuons à longer par la rue Besson. Sous l’arcade qui passe au-dessus de l’avenue de la Convention, subsistent deux piles du pont-aqueduc romain construites en moellons de calcaire tenus par un ciment de chaux alternant avec des assises de briques. Matériaux classiques des ouvrages romains de cette époque.

Nous continuons à longer l’aqueduc, du côté Cachan cette fois-ci, par la rue de la Citadelle. Au niveau de la rue des Tournelles, nous prenons à gauche.

Figure 13 : Les piles de l'ancien aqueduc romain.
Figure 13 : Les piles de l’ancien aqueduc romain.

Arrêt n° 7 : Le coteau.

La rue de la Citadelle, en pente relativement raide, permet de monter sur le coteau est de la vallée et plus particulièrement sur l’éperon du plateau de Longboyau choisi par les ingénieurs successifs pour construire le pont-canal de l’aqueduc. Face au n° 61, des vignes ont été replantées en souvenir du vignoble francilien disparu, cher à Ronsard.


Va-t-en à Hercueil apres,
Mets la table la plus pres
Que pourras de la fontaine :
Mets y la bouteille pleine
Pour rafraichir dans le fond :
Apres ourdis pour mon frond
Une couronne aussi belle
Qu’à Bacus, fils de Semelle,
Quand il dance : apres sans fin
Verse en mon verre du vin
Pour estrangler la memoire
De mes soucis apres boire

Figure 14 : Les vignes du coteau de Cachan.
Figure 14 : Les vignes du coteau de Cachan.

La vue est dégagée vers le Sud-Ouest sur le coteau qui monte vers Villejuif. A cette altitude, celle-ci n’est pas trop écrasée et on se rend bien compte du travail d’érosion effectué par la Bièvre.

Continuer à monter, à gauche, la rue de la Citadelle pour prendre ensuite, à droite, le boulevard de la Vanne. A droite, face au n° 81, prendre la rampe du sentier de la Fontaine-Couverte. En bas de la rampe, prendre à droite le passage étroit. Après 20 m, sur le côté gauche, apparait la Fontaine Couverte. Cette dernière est une source qui jaillit du coteau, c’est une résurgence de la nappe phréatique perchée du plateau de Longboyau. Elle se déverse dans l’aqueduc Médicis qui passe à proximité.

Figure 15 : La fontaine couverte qui alimente l'aqueduc Médicis.
Figure 15 : La fontaine couverte qui alimente l’aqueduc Médicis.

Descendre ce sentier jusqu’à la rue des Vignes que l’on prend à droite. Au croisement prendre la rue Etienne-Dollet à gauche. Au n° 99, se trouve un ancien séchoir en bois à claire-voie. Il était utilisé par les blanchisseuses, nombreuses sur les bords de la Bièvre, pour faire sécher le linge à l’abri des intempéries.

Figure 16 : L'ancien séchoir des blanchisseuses de la Bièvre.
Figure 16 : L’ancien séchoir des blanchisseuses de la Bièvre.

Nous prenons ensuite, à gauche, la rue Félix-Choplin. Après avoir traversé la rue des Vignes, prendre en face, la rue de la Pléiade. Au niveau du sentier des Joncs, à gauche, face au n° 22 de la rue se trouve le regard XI de l’aqueduc de Médicis qui en comptait 27. Il permet d’accéder à celui-ci, qui passe donc sous terre à cet endroit précisément avant de rejoindre le pont-canal.

Monter par l’escalier de la voie Gosse à gauche puis la rue Faure-Beaulieu jusqu’à la porte d’entrée du jardin panoramique. Dans l’escalier, on peut entendre l’eau de l’aqueduc couler.

Figure 17 : Le regard XI de l'aqueduc Médicis.
Figure 17 : Le regard XI de l’aqueduc Médicis.

Arrêt n° 8 : Le panorama.

Tout en haut du jardin, le belvédère permet d’avoir une vue panoramique sur la vallée de la Bièvre. Au Nord-Ouest, la butte témoin du mont Valérien, délaissée par la Seine, se dresse fièrement. En face vers l’Ouest, le plateau de Meudon domine la vallée. Par temps clair, à l’horizon, à droite de la tour Montparnasse se dessinent la butte de Montmorency et les hauteurs du Parisis De cet endroit, nous avons également une jolie vue sur l’ensemble du pont-canal.

Pour redescendre nous reprenons la rue Faure-Beaulieu par laquelle nous sommes arrivés puis nous tournons tout de suite à gauche dans l’allée Bellevue. Puis à droite nous descendons jusqu’au Boulevard de la Vanne par le sentier des Sablons. Nous prenons le boulevard de la Vanne à gauche jusqu’au n° 184. Dans le virage, nous prenons à droite le chemin en sable.

  • Figure 18 : Panorama vers le plateau de Meudon.
    Figure 18 : Panorama vers le plateau de Meudon.
  • Figure 19 : Panorama vers le mont Valérien et La Défense.
    Figure 19 : Panorama vers le mont Valérien et La Défense.
  • Figure 20 : Panorama vers Paris.
    Figure 20 : Panorama vers Paris.

Arrêt n° 9 : Le pont-siphon de l’aqueduc du Loing et du Lunain.

Nous suivons ici un autre aqueduc amenant l’eau à Paris depuis les sources des vallées du Loing, du Lunain et de la Voulzie. Dans sa partie haute, le tuyau est enterré alors que dans sa partie basse, il est posé sur un pont où nous retrouvons les roches habituelles : la meulière et deux types de calcaires différents. A l’avant dernière arcade, quelques mètres de la Bièvre ont été symboliquement découverts en 2006. Attention, la petite cascade que l’on voit est le trop-plein de l’aqueduc qui se déverse dans la rivière canalisée qui coule tranquillement en dessous. Dans l’allée à droite, un jardin aménagé sur la couverture de la Bièvre présente les végétaux qu’on pouvait y voir jadis. Plus loin le tuyau s’enfonce à nouveau sous le plateau. Nous suivons la coulée verte jusqu’à la gare « Bagneux » du RER B que nous atteignons au bout de 15 minutes.

  • Figure 21 : La Bièvre découverte.
    Figure 21 : La Bièvre découverte.
  • Figure 22 : Reconstitution des anciens bords de Bièvre.
    Figure 22 : Reconstitution des anciens bords de Bièvre.

 6- Les carrières d’Arcueil-Cachan.

Depuis l’époque gallo-romaine, la basse vallée de la Bièvre a servi de carrière pour construire la grande ville que deviendra Paris. Diverses roches furent exploitées.

6.1- L’argile.

Il y a deux couches d’argile, l’une à la base des dépôts tertiaires au fond de la vallée, c’est l’argile dite « plastique », l’autre de couleur verte sur les coteaux. Cette roche était exploitée, le plus souvent à ciel ouvert, dès le 18e siècle à Arcueil. A partir de la fin du 19e siècle, l’extraction de l’argile plastique s’est faite également en galeries de 1,30 m X 1,15 m consolidées par boisage. Des pains de 20 kg étaient taillés puis montés par des treuils. Ces galeries n’existent plus aujourd’hui car elles s’affaissent très rapidement du fait de la mollesse de l’argile. A Arcueil, au fort de l’exploitation, 40 000 m3 /an étaient extraits par une soixantaine d’ouvriers, principalement au voisinage du cimetière [6].

Figure 23 : Une glaisière à Arcueil-Cachan au début du 20<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle.
Figure 23 : Une glaisière à Arcueil-Cachan au début du 20e siècle.

6.2- Le sable.

Le sable de Fontainebleau, gras et légèrement argileux a été exploité à partir du milieu du 19e siècle jusque dans les années 1980 aux Haut-Bruyères sur le plateau de Longboyau, sur le territoire de Villejuif. Cette carrière, qui permit de faire de nombreuses découvertes archéologiques, est devenue le parc départemental des Hautes-Bruyères. Il est situé à proximité du jardin panoramique, de l’autre côté de l’autoroute. Un tunnel, initialement fermé mais rouvert par quelques personnes voulant éviter un long détour, permet de passer sous l’autoroute pour se rendre dans ce parc depuis le jardin panoramique de Cachan. On peut y observer, sur le côté gauche de l’allée de la porte d’entrée, un important affleurement de cette strate.

Mélangé à l’argile, ce sable servait, entre autres utilisations, à fabriquer des briques dites de « Vaugirard ».

6.3- Le gypse.

Le gypse pour la fabrication du plâtre a été extrait sur le même coteau entre la rue Emile Zola et le sentier Defait [6] .

6.4- Le calcaire.

Le calcaire de Brie a été un peu exploité à Cachan, au-dessus de l’aqueduc de la Vanne au lieu-dit « Les Frettes », au Sud-Est de la commune. Il a été utilisé pour la construction de l’aqueduc et des pierrées alimentant celui-ci [7].

Cependant, l’exploitation la plus importante en volume fut incontestablement celle du calcaire grossier. Ainsi la quasi-totalité du territoire d’Arcueil et un quart du territoire de Cachan sont couverts de galeries souterraines liées à cette extraction comme le montrent les plans établis par les services administratifs compétents
Cette exploitation a d’abord débuté sur les bords de la Bièvre à Paris même, puis, petit à petit, elle s’est déplacée vers la banlieue. Sur la carte des chasses relevée entre 1764 et 1773, on constate la présence d’un grand nombre de roues de carrier dans Paris et sur le territoire actuel de Gentilly. A cette date, d’après ce document, trois roues sont déjà présentes sur le territoire de Cachan.

Figure 24 : Les roues de carriers à Cachan au 18<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle.
Figure 24 : Les roues de carriers à Cachan au 18e siècle.

L’exploitation se faisait sur deux étages en laissant en place des piliers pour soutenir le plafond. Plus tard, pour ne pas perdre de la roche, on changea de méthode. Au fur et à mesure que le front de taille avançait, on étayait derrière en empilant des morceaux de roches non exploitables pour former des piliers dits « à bras » et des murs appelés « hagues ». Les espaces entre les murs étaient remplis par des gravats.

Des puits permettaient de remonter les blocs à la surface grâce à d’énormes treuils en bois de 8 m de diamètre, appelés « roues de carrier ». En montant sur les échelons de la roue, un homme de 80 kg pouvait ainsi remonter un bloc d’une tonne [4]. Ce sont ces roues qui sont dessinées sur la carte des chasses précédemment citée. A partir de 1870 environ, les roues furent remplacées par des treuils de carrière à manège actionnés par un cheval. En tournant autour d’un axe vertical, celui-ci devait parcourir une distance de 5 à 6 km en 1h 30 pour remonter un bloc de pierre pouvant atteindre 6 tonnes. Un de ces treuils a été restauré à Châtillon, 19 rue Ampère. Toutes ces techniques sont très bien expliquées et abondamment illustrées sur les sites « rue des lumières » et « www.troglos.com ».

Figure 25 : Une carrière de calcaire grossier avec sa roue pour remonter les bloc.
Figure 25 : Une carrière de calcaire grossier avec sa roue pour remonter les bloc.

Le répertoire des carrières de pierre de taille de 1890, indique que la pierre d’Arcueil a été utilisée pour la construction du Louvre, du Palais-royal, du Palais de l’industrie et de la gare d’Austerlitz (anciennement d’Orléans).
La présence de ces galeries a toujours posé problème car elles s’effondrent parfois provoquant l’affaissement d’immeubles entiers. En 1670, l’aqueduc de Médicis lui-même, se rompit à plusieurs endroits du fait de sa construction au-dessus d’anciennes carrières [3]. Pour éviter ce type d’accidents, un décret de 1813 interdit l’exploitation souterraine à l’intérieur de Paris. En 1860, cette interdiction s’étendit à la zone annexée : Petit-Gentilly et Petit-Montrouge sur la carte des chasses, repoussant ainsi les galeries un peu plus vers la banlieue sud. En 1962, l’interdiction gagna la totalité de l’ancien département de la Seine, c’est à dire, grosso modo, la petite couronne de la banlieue parisienne. A Arcueil, en 1926, il restait trois carrières qui cessèrent leur activité peu avant ou peu après la seconde guerre mondiale [7].

Au fur et à mesure de leur abandon, les galeries furent utilisées, pendant une période, pour la culture des champignons. En 1901, on estimait que la moitié des champignons cultivés en région parisienne provenait des galeries d’Arcueil-Cachan [6]

 7- Conclusion

L’exploitation des ressources de la vallée de la Bièvre l’a complètement et irréversiblement transformée. La petite rivière coulant lentement vers la Seine entre les coteaux d’Arcueil-Cachan ne reviendra pas. Dorénavant il faudra gérer ce terrain sous-miné, lors de chaque nouvelle construction et se contenter, au mieux, d’une Bièvre partiellement découverte, aux bords reconstitués avec plus ou moins de naturel. La vallée des poètes a disparu, seuls leurs écrits restent.

Texte de l'article
Texte de l’article

[1Desguine A. (1976) - Recherches sur la Bièvre à Cachan, Arcueil et Gentilly, Puyraimond, Paris, p. 412.

[2Pomerol C. (1988) - Découverte géologique de Paris et de l’Ile-de-France, BRGM, Orléans, p. 41.

[3Berthier K. (2013) - L’aqueduc Médicis, Parcours du patrimoine, Somogy, Paris, p. 35.

[4Collectif (2001) - Atlas du Paris souterrain, Parigramme, Paris, p. 134.

[5Collectif Agapain (2002) - Les meuliers. Meules et pierres meulières dans le Bassin parisien, Presses du village, Etrépilly, p. 125.

[6Desguine A. (1976) - L’extraction de la pierre dans la vallée de la Bièvre, au niveau de Cachan, Arcueil et Gentilly, Bibliothèque de l’Ecole des Travaux Publics, Cachan, p. 45. (Ouvrage disponible aux archives départementales du 94)

[7Varin J. (1982) - Mémoire d’Arcueil, Messidor/Temps Actuels, Paris, p. 77.

 

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