Sciences de la vie et de la Terre

Enseigner les SVT par et pour le numérique : pourquoi ?

23 / 09 / 2014 | Vincent Audebert

  On est plus intelligents à plusieurs…

La littératie c’est la faculté que l’on a, grâce à son éducation, de lire le monde, de se mouvoir dans son environnement, de partager le sens des choses, de comprendre pour agir, de mobiliser en situation des savoirs, des capacités et des attitudes. Finalement, c’est tout simplement ce qu’on appelle aussi la compétence. Cette dernière est intimement liée au contexte dans lequel on est. Selon l’environnement, ce ne sont pas les mêmes savoirs, les mêmes capacités, les mêmes attitudes qu’il faut conjointement mettre en jeu pour agir.

Or le contexte dans lequel nous vivons change. Il change même considérablement et très rapidement. A l’horizon 2020, quel sera notre monde ? Vu le train où vont les choses, il sera numérique bien entendu et globalement connecté. Des capacités, des savoirs, des attitudes déjà importantes vont prendre une importance encore grandissante.

Déjà, on peut voir que ce qui est lié au sens social, à la communication, à l’échange, à l’organisation, au projet, au travail en équipe, au numérique prend le pas sur les savoirs purement spécifiques. Il devient de plus en plus important d’être créatif et de penser différemment plus que d’être un exécutant. La pensée divergente est un facteur clé de l’intelligence collective : on est plus intelligents à plusieurs… si on pense différemment et que l’on arrive à tirer le meilleur de la pensée de chacun.

  Apprendre à apprendre...

La sérendipité est essentielle pour se mouvoir dans le monde numérique, il faut savoir rebondir intelligemment sur le hasard. Savoir profiter d’une rencontre, d’une trouvaille inattendue, donner du sens à une recherche qui a priori pourrait sembler hasardeuse. Savoir par un tâtonnement raisonné utiliser un nouveau logiciel ou une nouvelle machine et ne pas chercher à trouver toujours le même chemin linéairement tracé.

L’information est partout, accessible à tout moment et en tout lieu. Le savoir n’est pas à transmettre, il est transmis déjà…à porter d’un clic. Mais il ne fait pas, pour autant, sens. Il convient de savoir relier entre elles les informations, évaluer leur pertinence, leur véracité. Il faut les concepts pour passer de l’information à la connaissance. Là est tout l’enjeu de l’apprentissage.

Car c’est bien d’apprentissage qu’il s’agit pour être en sécurité dans ce monde changeant. Le numérique en donnant à toutes et tous le savoir, chamboule l’acte d’enseigner et met en avant plus que jamais la nécessité d’apprendre. Il faut donc apprendre à apprendre, pour apprendre toujours et ainsi s’adapter.

Pour l’enseignant-e, il convient de plus en plus de savoir créer les bonnes situations d’apprentissage, de savoir poser les bonnes questions plutôt que de connaître et transmettre dans le détail les réponses. On ne traite plus les problèmes uniquement avec ce que l’on a mémorisé dans sa tête mais en utilisant les outils et les connaissances disponibles grâce à ce que l’on a structuré.

Pourquoi est-ce si important ? Car ce que l’on fait façonne notre cerveau (plasticité cérébrale). Parce que le monde numérique nous rend différents tout simplement. Plus on commence jeune, plus l’effet est important… A la fois, les élèves ne sont plus les mêmes, et à la fois il leur faut être différents.

  Nés avec le numérique, mais pas faits pour...

Ce qu’il faut bien voir, c’est que les changements sont vraiment très rapides. Un élève qui entre en primaire n’a jamais connu un monde sans tablette. Un étudiant a connu des outils qui sont archaïques aux yeux des plus jeunes générations. Que peuvent-ils penser de nos disquettes… ?

Attention cependant, digital natives veut dire qu’ils n’ont jamais vécu dans un univers sans numérique, pas qu’ils savent forcément tout faire avec…
Mais cela veut dire aussi que nous sommes la dernière génération pré-internet, avec une éducation, des manières de penser et de faire qui ne sont pas toujours en relation avec ce nouveau monde…

Un remède homéopathique : Similia similibus curentur

Dans un très beau passage de Phèdre, Platon met en scène le dialogue entre le dieu inventeur de l’écriture (Teuth) et le Roi à qui il propose son invention. L’écriture, comme aujourd’hui le numérique, est le pharmakon : c’est bon et mauvais à la fois.

Le numérique est un poison et un remède à la fois. C’est pour cela que la stratégie est désormais de faire entrer l’école dans l’ère du numérique avec un double objectif : « utiliser le remède, combattre le poison ». On peut résumer cette action par la formule du « pour et par ».

Charlotte a fait une grosse bêtise

Les « tweet-classes » sont désormais de plus en plus répandues. Un professeur des écoles raconte par exemple travailler avec des enfants de maternelle à partir du réseau social Twitter. Chaque jour, il tweete ce que la classe décide comme fait essentiel de la journée.

L’objectif pédagogique est le débat, la recherche de consensus, l’écoute, la synthèse, la communication, etc. S’ajoute à cela la découverte de l’environnement numérique et la notion de lien social.

Un jour la classe décide que le fait marquant de la journée est : « Charlotte a fait une grosse bêtise ». Au moment de tweeter, le professeur dit alors à la classe : « a-t-on raison de faire cela ? … qu’en pense Charlotte ?... Que vont en penser ses parents ? … vos parents ?... Etc. ». La classe décide alors de ne pas tweeter après avoir compris les tenants et aboutissants de cette action.

Il y a là un magnifique exemple du « par et pour », de l’éducation au numérique, des valeurs de l’école portée dans la sphère numérique si présente et pourtant si délaissée sur le plan éducatif. Il y a fort à parier que si ses élèves continuent à utiliser autant ses outils numériques et à être accompagnés comme cela pendant des années, ils seront plus compétents et plus à même de se mouvoir en sécurité dans ce monde stressant et changeant.

 

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