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Sciences de la vie et de la Terre

L’attaque des blobs !

01 / 03 / 2013 | Liliane Grandmougin

L’été dernier, lorsque des surfeurs intrépides se précipitèrent sur la côté est de la Floride pour chevaucher des vagues exceptionnelles, déclenchées par des ouragans au large, ils ne s’attendaient pas à trouver un autre type de danger, bien plus monstrueux : une invasion de méduses grosses comme des roues de vélos, venimeuses. La mer de gélatine était si épaisse qu’il fallut fermer temporairement une centrale nucléaire, de peur de boucher ses tuyaux d’alimentation en eau.

Le même phénomène s’est depuis répété en Israël, en Écosse, en Irlande et en Tunisie où elles ont détruit des élevages de poissons. Au Japon, où les arrivées massives de méduses Nemopila nomurai sont de plus en plus fréquentes, ces monstres encombrent les filets de pêche, à tel point qu’elles ont même fait couler un bateau. Il faut dire que ces sumo particuliers atteignent les 200kg !

Pour certains environnementalistes et scientifiques, il s’agit d’une alarme sérieuse sur l’état des océans. La surpêche, la pollution, ont dégradé les écosystèmes, en particulier la population de prédateurs non seulement des méduses, mais aussi des cténophores et tuniciers. Des résultats préliminaires ont été publiés en février 2012, mais il est pour l’instant complexe d’en tirer des conclusions : en effet, les chiffres sur la fréquence et quantité exacte de méduses lors de ces invasions sont insuffisants, le phénomène ayant été jusqu’ici peu approfondi en biologie marine, entre autres par la difficulté d’étude de ces animaux. Tout d’abord, les méduses sont venimeuses, leur constitution les rend difficiles a attraper intactes car elles sont hachées par les filets, et les plus grosses font couler les petits bateaux utilisés pour leur capture ! En plus, beaucoup d’espèces se rencontrent sous deux formes lors de leur cycle : méduse ou polype, et le rapport numérique entre les deux n’est pas toujours facile à faire, d’autant plus qu’un seul polype peut former par bourgeonnement environ 20 méduses, beaucoup plus et brutalement si les conditions sont favorables, moins ou pas du tout dans le cas contraire. Et les polypes à l’origine des espèces invasives sont parmi les plus difficiles à traquer.

Un spécialiste travaillant pour l’université du Mississippi a pourtant noté que de 1985 à 1997, les populations d’Aurelia aurita et Chrysaora quinquecirrha se sont étendues dans différentes parties du Golfe du Mexique, et il a suggéré que les activités humaines en seraient responsables. On trouve des résultats similaires en mer de Béring et ces chiffres viennent renforcer les prévisions des biologistes qui, dans les années 1990, avaient mis en garde les gouvernements sur la dégradation des océans et le déséquilibre des écosystèmes, appauvris en poissons de grande taille et déplacés vers les éléments les plus bas des pyramides de biomasse, dont le plancton toxique et les méduses. On allait vers une mer gélatineuse, en d’autres termes...
Tout contribue au développement des méduses : la pollution leur apporte des nutriments organiques, la sûrpêche supprime leur compétiteurs et prédateurs, le réchauffement climatique dope la reproduction de certaines espèces.

Les méduses envahissent régulièrement les mers et nos côtes, cela fait partie de leur cycle naturel. La question est de savoir si la fréquence de ces explosions de populations a réellement augmenté ou non ; il semblerait que cela dépende également des régions du globe, et non d’un mécanisme global. Il faut également démêler les données scientifiques des informations sensationnalistes lâchées régulièrement par les médias. Toutefois, les chiffres sont en croissance dans plusieurs régions. Au Japon, par exemple, on a noté depuis longtemps des invasions, tous les 40 ans environ. Ce n’est que depuis les années 2000 que la fréquence à basculé pour une invasion pratiquement annuelle, probablement depuis que les mers de Chine se sont vidées de leurs poissons.

La commission scientifique intergouvernementale de Monaco a débuté un vaste programme d’étude des populations de méduses en Méditerranée, tandis que l’institut de recherche de l’aquarium de Monterey, en Californie, a ouvert un site de surveillance et d’étude des méduses, jellywatch.org, où les spécialistes rassemblent toutes les informations données par les observations de scientifiques et d’amateurs, qui peuvent alimenter une base de données malicieusement baptisée JEDI (jellyfish database initiative).

Les méduses font partie intégrante des écosystèmes marins et leur nombre est riche d’ enseignements sur l’état des océans. Il faut espérer qu’elles ne deviennent pas les seules espèces à les peupler.

L.G d’après Nature vol.482 - 2 février 2012.

 

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