Sciences de la vie et de la Terre

La malédiction de la momie

08 / 11 / 2011 | Liliane Grandmougin

Vallée des Rois, Egypte, 1925.
Howard Carter et son équipe pénètrent dans un tombeau qui va à la fois secouer le monde de l’archéologie et causer leur mort, dans ce qu’on appellera la malédiction de la momie.
Le Caire, 2010.
Les yeux rivés sur leur écran, les scientifiques, anxieux, poussent soudain un cri de victoire : enfin, après des mois de recherche, ils ont décodé l’ADN du roi Toutankhamon !
Ainsi débute le documentaire de Discovery Channel : « Le roi Toutankhamon dévoilé ». Mais...mythe ou réalité ? Les sceptiques affrontent les enthousiastes.

Après la folie d’un espoir de résurrection des dinosaures et les débuts de la technique de la PCR dans les années 1980, sont arrivées des nouvelles plus décevantes. La PCR est certes un moyen rapide et efficace s’amplifier l’ADN voulu, mais hélas il en est de même de la moindre trace de contamination ! Depuis, les précautions les plus rigoureuses ont été prises, mais chaque résultat, en particulier lorsqu’il s’agit d’ADN ancien, devient rapidement sujet à caution.

Pour les détracteurs, l’ADN est fragile et se brise d’autant plus facilement que la température ambiante est élevée. Après des milliers d’années de climat égyptien, disent-ils, il est peu probable que les momies aient conservé un ADN suffisamment long pour être amplifié. Une série d’essais sur des fragments de papyrus d’âge variés, préservés dans les mêmes conditions que les momies, ont montré que les fragments de longueur nécessaire, soit au moins de 90 paires de bases, disparaissent au bout de 600 ans.

Pour les partisans de cette technique, c’est tout à fait faisable. Certains ont publié de nombreux articles sur l’extraction d’ADN de centaines de momies vieilles de 5000 ans. Ils y ont trouvé de l’ADN de diverses bactéries, dont Mycobacterium tuberculosis, diphtérie, E.Coli, ainsi que les parasites responsables de la malaria et la leshmaniose. Dans le cas de la tuberculose, les cellules riches en lipides protègent leur ADN, mais les détracteurs avancent qu’on ne peut le différencier de celui des bactéries modernes.
Dans le cas de Toutankhamon et sa famille, le même problème se pose : l’ADN moderne est semblable à celui des momies, ce qui rend la détection de contaminations pratiquement impossible, ainsi que le contrôle, puisque les mesures gouvernementales limitent strictement l’accès aux échantillons. Plus d’un siècle de pillages des trésors nationaux pour des musées étrangers ou collections privées ont rendu en effet les autorités vigilantes. Le fait que la recherche soit filmée par la télévision a également compliqué le processus, à tel point qu’il a fallu reconstituer le laboratoire en studio pour éviter les contaminations par l’équipe de tournage.

Finalement, le résultat de l’étude de l’ADN pris à l’intérieur des os des momies a montré que Toutankhamon et sa famille étaient infectés par le Plasmodium falciparum, agent de la malaria, ce qui a pu contribuer à leur décès. On a aussi pu reconstituer un arbre généalogique sur cinq générations, incluant les bébés mort-nés. Mais les soupçons de contaminations pour une momie aussi populaire demeurent. Déjà, en 1925, Howard Carter signalait les dommages causés par l’humidité et les moisissures en ouvrant le tombeau, or l’ADN se dégrade rapidement en présence d’eau (dépurination). Pourtant, les embaumeurs Egyptiens maîtrisaient parfaitement leur technique : les liquides étaient rapidement éliminés puis les corps aussitôt enduits de natron, mélange naturel de sels, et de baume, composé de bitumes, huiles végétales et cire d’abeilles. Un argument en faveur d’une préservation correcte de l’ADN est que les scientifiques n’ont pas pu amplifier un seul fragment de chromosome Y provenant des momies féminines.

Depuis, les techniques se sont encore affinées. On peut lire des petits fragments d’ADN comme ceux trouvés sur les momies égyptiennes, et ce rapidement. Elles ont d’ailleurs été appliquées l’an dernier sur le génome d’un paléo esquimau du Groenland vieux de 4000 ans, ainsi que sur un néandertalien vieux de 38000 ans. Celui d’Otzi, « l’homme des glaces », est en cours. Ces techniques sont aussi bien utilisées sur des échantillons provenant de zones gelées comme ici que sur des momies sud-américaines. Appliquées à Toutankhamon, elles pourraient bien clore le débat mais aussi ...enlever une part de mystère à cette célèbre momie.

L.G. d’après Nature-vol.472- 28 avril 2011.

 

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