Sciences de la vie et de la Terre

Le cerveau des ados : comment ça marche ?

07 / 11 / 2006 | Liliane Grandmougin

Les adolescents ont parfois des comportements imprévisibles qui peuvent les faire passer d’une attitude mature à une prise de risques parfois soldée d’accidents. Ces modifications semblent liées à des réarrangements dans les connexions cérébrales, en particulier le lobe frontal.

Prenez un jeune garçon de 14 ans lors d’une expérience où il doit prendre une décision très simple que même un enfant de 8 ans réussit : quand il voit une lumière au coin de son champ visuel, il doit l’ignorer et continuer de regarder droit devant lui. Mais pour cela, il lui faut contrôler une impulsion naturelle qui le pousse à jeter un œil. En général, il réussit le test aussi bien qu’un adulte. Mais l’imagerie cérébrale révèle qu’il lui faut mobiliser une grande partie de ses lobes frontaux, impliqués dans la planification et l’exécution de tâches. Zones qu’un adulte n’utilisera pas dans cet exemple.

En fait, le cerveau adolescent fonctionne comme celui des adultes, mais exécutant une tâche beaucoup plus difficile. Cette surexploitation des lobes frontaux résulterait d’un profond remodelage du cortex, et expliquerait pourquoi les adolescents sont plus aptes à prendre des risques, faire de nouvelles expériences et ne pourraient réfréner les réponses inappropriées, faute de « faire un tri » dans la masse des informations qui parviennent au cerveau. Les remaniements des synapses impliquent des créations et renforcements de certaines connexions, tandis que d’autres dégénèrent, ce qui confère par exemple aux individus des facultés nouvelles, comme contenir un comportement agressif ou faire preuve d’empathie, ce qui en général se poursuit jusqu’à l’âge d’une vingtaine d’années. Ces remaniements sont aussi la suite du modelage hérité de l’enfance.

Vers l’âge de 12 ans, le cerveau a la taille, les circonvolutions, le poids et les régions spécialisées d’un cerveau adulte. Mais le suivi de 2000 personnes de l’âge de 3 à 25 ans depuis 1991, par des scanners et IRM, a permis de montrer d’importantes modifications au cours du temps. Le rapport eau/ lipides (soit corps cellulaires des neurones, riches en eau par rapport à la substance blanche ou nerfs, riches en myéline) diminue de l’enfance à l’âge adulte et ce par vagues, progressant du lobe occipital vers le lobe frontal. Le processus est plus rapide chez les filles que chez les garçons. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cet amincissement progressif de la matière grise est un signe d’intelligence ! En effet, il correspond à l’élimination de synapses « inutiles » pour un renforcement d’autres, ce qui permet par exemple une prise de décision plus rapide, les informations parasites étant éliminées ou traitées plus efficacement.

L’environnement joue un rôle majeur dans ce réarrangement synaptique, puisqu’il participe à ces renforcements en envoyant une multitude de signaux à traiter et trier. Aussi les adolescents exposés à des environnements riches et variés en sport, musiques, langues étrangères, seraient-ils favorisés dans cet apprentissage. Pour traiter des informations, il ne faut pas seulement un « superordinateur », mais plutôt une « connexion rapide ». Un chercheur américain explique avec humour : « dans deux ans, ma fille aura 16 ans et ma prime d’assurance automobile va doubler, alors qu’elle aura probablement des réflexes plus rapides que moi et une meilleure mémoire des règles de conduite. Mais elle aura plus de risques d’avoir un accident, car son cerveau mettra plus de temps à gérer une situation complexe, tandis que le mien réagira immédiatement. »

Ces suivis montrent que la structure cérébrale est remaniée bien après la petite enfance ; la substance grise s’amincit, tandis que les gaines isolantes de myéline se construisent. Le maximum de renforcement de la substance blanche atteint son pic vers la cinquantaine, bien loin de l’adolescence ! Parmi les régions principalement concernées : les lobes frontaux qui préparent à l’action et aux stratégies, ainsi que d’autres impliquées dans l’intégration des afférences sensorielles, des émotions, de l’état du corps dans un contexte donné.

On note également une migration du traitement de certaines informations depuis les lobes frontaux (chez l’adolescent) vers des régions plus latérales (chez l’adulte), d’où la « surcharge » de l’activité de ces premiers chez les jeunes. Certaines régions réagissent différemment selon l’âge. Chez l’adolescent, le nucleus accubens, impliqué dans le traitement des « récompenses », fonctionne beaucoup plus lorsqu’on donne une récompense moyenne ou forte après la réussite d’une activité simple, mais réagit peu si la récompense est faible, comme s’il n’y en avait aucune. Cette réaction est moins exagérée dans la petite enfance ou chez l’adulte. Ainsi un centre de récompense couplé à des régions frontales surmenées et un centre de planification qui n’est pas encore fonctionnel donne-t-il parfois un mélange détonant !

Certains y voient des avantages évolutifs : les jeunes individus qui doivent quitter un groupe pour fonder une famille doivent aussi prendre des risques. On retrouve les mêmes comportements chez les primates, les rongeurs et même certains oiseaux, renforcés par les fortes concentrations d’hormones sexuelles qui poussent à trouver un ou une partenaire et à entrer en conflit avec les parents. L’ensemble contribue à l’éloignement du territoire d’origine.

Bien sûr, le fait de papoter des heures au téléphone, de fuguer ou se jeter du haut d’une montagne sur un snow-board de toutes les manières les plus délirantes possible ne s’explique pas entièrement par de pures architectures neuronales, mais peut fournir des informations aux adultes chargés d’encadrer des adolescents entre autres pour leur éviter de se mettre en danger. C’est aussi une piste permettant d’expliquer la vulnérabilité des jeunes face à la dépression, aux dépendances diverses, aux désordres nutritionnels et à la schizophrénie, sans oublier les facteurs individuels. Les campagnes de prévention « anti-SIDA », de lutte contre la drogue ou l’alcoolisme risquent d’échouer si on se contente d’expliquer les conséquences de ces fléaux : les adolescents ne réagissent pas forcément aux interventions rationnelles, il faut donc trouver d’autres voies plus appropriées à leur psychologie particulière.

En bref, si votre paisible pause-café à une terrasse est troublée par les gloussements hystériques d’un groupe d’ados, dites-vous que leur cerveau n’est pas fini : souvenez-vous de cet adolescent mettant toute sa concentration et son énergie pour ignorer une simple petite lumière...il y en avait des neurones à l’œuvre, dans cette petite tête !

L.G.

D’après Kendall Powell pour Nature- vol.442 - 24 Août 2006.

 

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