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Sciences de la vie et de la Terre

Le plastique c’est (pas) fantastique !

07 / 04 / 2013 | Liliane Grandmougin

En 2012, la production de plastiques représentait 280 millions de tonnes. Moins de la moitié a été stockée ou recyclée, le reste est encore en usage ou est venu s’ajouter aux polluants environnementaux. Dans la plupart des pays, les plastiques sont classés dans les déchets ménagers, au même titre que les restes végétaux ou épluchures. Or ils représentent un réel danger : pas une plage ou un fossé qui ne contienne des morceaux de plastique, allant des bouteilles à de minuscules particules. Les animaux peuvent les ingérer, les filtrer dans l’eau de mer, se retrouver emprisonnés dans les sacs ou filets...on estime que l’ensemble des tortues marines, 45% des mammifères et 21% des oiseaux marins sont affectés.

1- Risques sanitaires :

Les plastiques sont faits de monomères, unités répétées, assemblées en longues chaînes ou polymères qu’on pense inertes. Or il n’en est rien : certains contiennent des produits dangereux ajoutés, comme dans les PVC, qui peuvent s’accumuler dans le sang. Les polystyrènes, polyuréthanes et polycarbonates peuvent être carcinogènes et peuvent affecter les organismes de la même façon que les oestrogènes synthétiques. Le polyéthylène, composant des sacs plastiques, peut fixer d’autres polluants majeurs, comme des pesticides, à des concentrations 100 fois supérieures à celles des sols et 1 million de fois plus que dans les océans. Au moins 61% de ceux listés comme dangereux par l’Union Européenne se retrouvent dans ces débris.

Ils se brisent en particules de plus en plus petites, de l’ordre de quelques micromètres, et se propagent dans les réseaux trophiques. Leur accumulation- jusqu’à 300 fois supérieure à la moyenne pour les biphényls polychlorés- peut interrompre des processus cellulaires et léser les tissus. La présence des polluants qui y sont fixés provoque des atteintes plus graves d’autres mécanismes, comme la division cellulaire, le système immunitaire, la reproduction ou la possibilité d’échapper aux prédateurs.

2- Changer de classification

Les gouvernements se sont pourtant battus pendant des décennies pour réduire ce fléau. La convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) a été signée en 1973 pour empêcher le rejet de substances nuisibles en mer - venant renforcer une autre convention datant des années 50 - mais l’interdiction totale de se débarrasser des plastiques n’est entrée en vigueur qu’en 1988. Malgré 134 nations concernées, les mesures montrent que le phénomène non seulement persiste mais a même empiré, en particulier dans le Nord Pacifique.

Les plus grands producteurs : Etats Unis, Europe, Chine doivent agir maintenant en classant les plastiques dans les substances toxiques. Ils pourraient concentrer leur action sur au moins 4 d’entre eux, représentant 30% des productions, parmi les plus difficiles à recycler : PVC (utilisés dans les tuyaux divers, d’alimentation en eau aux intraveineuses), polystyrènes (emballages variés dont alimentaires), polyuréthanes (revêtements, meubles), polycarbonates (électronique). Déjà, l’industrie médicale et électronique remplace les PVC par des matériaux moins polluants et plus faciles à recycler (polypropylène, aluminium), une modification qu’on pourrait étendre aux autres industries et qui éviterait les accumulations dans les décharges...ou l’environnement.

3- Une réaction en chaîne

Cette approche fonctionne, comme l’a montré par le passé le ban sur les CFC, dont la production a cessé en sept ans. La critique qu’adressent aujourd’hui les scientifique est qu’en absence de catastrophe majeure et spectaculaire, aucune mesure drastique n’est vraiment prise. Le lobbying exercé par les fabricants de plastiques est aussi important... Ils assurent que leurs produits sont sans danger, mais il faudrait qu’ils en apportent la preuve, au même titre que les produits des industries pharmaceutiques ou chimiques.

Bien que le recyclage augmente dans la plupart des pays producteurs, les efforts sont lents et apportent de nouveaux problèmes : on a souvent recours à l’incinération qui dégage d’autres polluants et gaz à effet de serre. Il faudrait des produits contrôlés de la production au recyclage, que l’on puisse consigner un peu comme l’étaient les bouteilles de verre il y a quelques années, de façon à ne remplacer que les produits vraiment dégradés. Un argument apporté est que l’industrie des plastiques génère une forte économie et de nombreux emplois (1000 milliards de dollars, donnant du travail à 1,1 millions de personnes aux Etats Unis). On peut lui opposer le fait que le nettoyage des déchets de la côte ouest des Etats Unis coûte par exemple 520 millions de dollars aux contribuables chaque année. De même, le développement de produits moins polluants pourrait stimuler l’économie et les emplois dans de nouveaux secteurs. C’est d’ailleurs ce que certains industriels du plastique eux-mêmes ont commencé à faire, sentant bien que le système actuel n’est pas durable.

On estime que si l’on maintient le taux de production actuel, la planète devra se débarrasser de 33 milliards de tonnes de plastiques. Cela remplirait 2,75 milliards de camions- bennes, qui mis en file s’enrouleraient 800 fois autour de la Terre. Il suffirait de classer les plastiques les plus problématiques dans les polluants et les remplacer pour passer à 4 milliards de tonnes.

C’est encore beaucoup, mais limiterait les dégâts ; encore faut-il prendre et appliquer cette décision.

LG d’après Nature vol494 - 14 février 2013.

 

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