Sciences de la vie et de la Terre

Le vrai, le faux, les inconnus... tout sur les céréales OGM !

01 / 10 / 2013 | Liliane Grandmougin

Dans le débat qui oppose les pro et anti-OGM, les protagonistes n’utilisent pas le même langage. Les premiers mettent en avant le gain de production et la baisse d’utilisation des pesticides, les seconds les impacts environnementaux, sociaux et économiques. Qu’en est-il réellement ? Le point à travers trois exemples.

 1- Les OGM ont donné naissance à de super mauvaises herbes : VRAI :

Depuis la fin des années 1990, les agriculteurs Nord américains ont adopté le coton transgénique tolérant au glyphosate (connu sous le nom de Roundup, commercialisé par Monsanto). Son utilisation combinée à l’herbicide permet de lutter contre l’amarante (Amaranthus palmeri), mauvaise herbe qui envahit les cultures, entre en concurrence pour l’eau, les sels minéraux et la lumière. Les premiers essais ont été spectaculaires... jusqu’en 2004 où les premières amarantes résistantes au glyphosate ont fait leur apparition dans un comté de Géorgie. En 2011, elles occupaient la moitié des champs de coton de 76 autres comtés. Peur certains scientifiques et écologistes, l’abus de glyphosate a exercé une pression sélective chez plusieurs espèces végétales (24 ont été retrouvées depuis son introduction en 1996). Mais l’abus de pesticides conduit aux mêmes résultats, avec ou sans OGM. C’est le cas des 64 espèces qui résistent à l’atrazine pour lequel il n’y a pas d’OGM.

Le processus est cependant ralenti en culture traditionnelle, par la combinaison de plusieurs pesticides, l’alternance des cultures et la pratique du labourage (ce qui est quand même néfaste car cela épuise la partie supérieure du sol et favorise la libération de CO2 dans l’atmosphère). Dans le cas de l’utilisation des OGM combinés au Roundup, moins toxique et à spectre plus large, ces techniques ne sont plus nécessaires.

Selon Monsanto, dans une déclaration en 2004, ces effets négatifs sont dus à une mauvaise utilisation du glyphosate : « une mauvaise herbe morte ne devient pas résistante ». Ce à quoi les scientifiques ont répliqué que les essais effectués avant commercialisation étaient sur des parcelles trop petites pour laisser le temps à une quelconque résistance de s’installer quelle que soit la pratique. On a retrouvé des plantes résistantes au glyphosate dans 18 pays, avec des impacts significatifs au Brésil, en Australie, en Argentine et au Paraguay.

Depuis, Monsanto a modifié sa position, sans toutefois reconnaître sa responsabilité dans le problème. La compagnie recommande toutefois de mélanger les pesticides et de revenir au labourage.

D’un autre côté, on estime par exemple qu’entre 1996 et 2011, on a pu économiser 15,5 millions de kg d’herbicides, soit une réduction de 6,1% d’amélioration dans l’impact environnemental. Mais jusqu’à quand ?

Depuis l’apparition des plantes résistantes, les agriculteurs ont augmenté les doses de glyphosate, ont ajouté d’autres substances et ont repris le labourage. En réponse à ce problème, Monsanto et d’autres compagnies comme Dow Agrosciences sont en train de développer de nouveaux OGM résistant à divers produits chimiques.

 2- Le coton génétiquement modifié à conduit des fermiers au suicide : FAUX :

Depuis que Monsanto a commencé à commercialiser son coton OGM en 2002, on a noté une hausse du taux de suicides en Inde. Le coton Bt en question contient un gène de Bacillus thurengiensis qui tue certains insectes ravageurs. Le prix des semences coûtait initialement cinq fois le prix normal, ce qui a amené à faire des mélanges de graines normales /OGM pour abaisser les prix. Ceci combiné à une mauvaise information sur comment les utiliser a entraîné au début des pertes de production qui se sont ajoutées aux dettes déjà contractées par les petits fermiers. Une publication plus précise du nombre de suicides par an dans la population générale a permis de relativiser : elle est passée de moins de 10 000 en 1997 à plus de 120 000 en 2007, mais le taux chez les fermiers est resté autour de 20 000 durant la même période. En même temps, les attaques de ravageurs ont diminué et la production de coton a augmenté ainsi que les profits d’environ 50%. Aussi n’est-il pas surprenant de voir qu’actuellement, 90% du coton cultivé dans le pays est transgénique.

Cependant, des chercheurs remettent ces bons résultats en question ; selon eux, l’étude à été menée sur une trop courte période, juste après l’introduction de cette nouvelle technologie. Les premiers utilisateurs étaient déjà ceux qui avaient une forte productivité, un niveau d’éducation plus élevé et les moyens de mieux s’occuper de ces graines coûteuses. Leurs bons résultats ont suscité l’envie et entraîné les autres à tel point qu’il n’y a plus beaucoup d’agricultures traditionnelles pour effectuer une comparaison. En tous cas, le coton Bt n’a pas déclenché de vague de suicide.

 3- Il y a eu transfert de gènes à des plantes sauvages : ON NE SAIT PAS ! :

En 2000, dans les montagnes d’Oaxaca, au Mexique, de petits fermiers qui voulaient avoir la certification « agriculture biologique » pour leur maïs ont eu la mauvaise surprise de découvrir, après analyse génétique, que leurs cultures contenaient un fragment d’ADN qui stimule l’expression de la tolérance au glyphosate et de la résistance aux insectes, breveté par Monsanto. Comme la culture d’OGM est interdite au Mexique, il s’agit probablement de grains importés des États-Unis pour consommation, plantés par des fermiers locaux qui en ignoraient la nature transgénique. On suppose qu’il y a eu hybridation avec les plants mexicains. Cette découverte a déclenché une vaste polémique, d’autant plus que le Mexique est considéré comme le lieu historique d’où est originaire le maïs.

Des études supplémentaires ont été menées après cette découverte. Les résultats sont mitigés. Une étude en 2003 sur 870 plantes, issues de 125 champs, n’a rien trouvé, tandis qu’une autre en 2009, sur 3 échantillons provenant de 23 sites de la région, prélevés en 2001 puis 2 échantillons prélevés en 2004 a relevé la présence de ces transgènes. Il semblerait que la différence dans les résultats tiennent aux différents lieux d’échantillonnage. Les contaminations, bien que leur nombre soit difficile à évaluer, sont inévitables et risquent de modifier les multiples variétés locales, jusqu’à un point de non-retour : une fois les gènes introduits, il n’est plus possible de s’en débarrasser. On ne connait pas non plus leur effet sur les plantes infectées. On peut espérer que ce soit bénéfique : lorsqu’on croise des tournesols Bt avec des tournesols classiques (Helianthus annuus), les hybrides requièrent les mêmes soins que leurs parents et résistent mieux aux insectes. Il est par contre difficile pour les scientifiques de mener plus loin les recherches, les transgènes en question étant brevetés par les grandes compagnies agro-alimentaires qui n’autorisent pas leur utilisation dans les expériences.

Reste l’impact environnemental et social, en particulier au Mexique où le maïs représente une forte charge culturelle et émotionnelle qui est rarement prise en compte dans les études.

Alors, les OGM sont-ils bons ou mauvais ? On sait qu’ils génèrent d’âpres débats plus ou moins désordonnés et acharnés, mais la réponse se situe probablement quelque part entre les deux.

L.G. d’après Nature vol.497 - 2 mai 2013.

Pour en savoir plus : liens sur la série d’articles originaux, dont des graphiques (GM corps, a story in numbers) :

 

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