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Sciences de la vie et de la Terre

Les fours à chaux, les carrières et les coteaux de Champigny

01 / 11 / 2013 | Laurent Cella

1- Introduction

La commune de Champigny-sur-Marne était connue au 19ème siècle pour ses fours à chaux. Miraculeusement épargnés par l’urbanisation, ils sont encore visibles aujourd’hui. Cette excursion de deux heures plus le temps des arrêts, permettra de partir à la recherche des indices du passé géologique de cette commune du Val-de-Marne. Outre les fours, nous verrons le lavoir alimenté par la nappe phréatique perchée, l’affleurement du calcaire de Champigny, l’érosion due au ru de la Lande aujourd’hui souterrain, une vue très dégagée sur les vallées de la Marne et de la Seine, la réhabilitation des anciennes carrières. La promenade au bord de la Marne sera également l’occasion de s’intéresser aux techniques de protection des berges et de limitation des dégâts causés par les inondations.

fig. 1 Les vallées de la Seine et de la Marne.
fig. 1 Les vallées de la Seine et de la Marne.

2- Accès

  • RER A station : Champigny.
  • RER E station : Les Boullereaux.
  • Bus n°117 en provenance de Créteil et Bonneuil.

3- Situation

Champigny est situé au bord du plateau de Brie, sur la rive gauche de la Marne. Au Nord, la rivière correspond à la limite du dépôt du gypse. Alors que l’on a exploité le gypse à Rosny et au plateau d’Avron entre autres, à Champigny sur le plateau de Brie, cette couche est remplacée par un calcaire appelé : "calcaire de Champigny" ou "travertin de Champigny". Les hypothèses pour expliquer une telle variation latérale de faciès sont développées dans l’article : Le gypse du plateau d’Avron.

4- L’exploitation géologique à Champigny.

4.1- Les différents types de roches exploitées

Le territoire de Champigny a pendant longtemps été couvert de carrières en tous genres. La carte en couleur : "Renseignements relatifs aux carrières et à la nature du sol" exécutée et publiée en 1937 par le service technique des carrières, nous en donne une idée très précise. Celle-ci est disponible, avec une haute résolution, aux archives municipales de Champigny, 58 rue Guy Môquet. Il suffit de se présenter avec une clé USB et d’en faire la demande gentiment. On peut également la consulter sur place sur l’écran de la salle de lecture.
Ce document nous apprend que les principales roches exploitées à Champigny étaient :

  • Le calcaire de Champigny, sur les hauteurs de la commune, pour la fabrication de la chaux.
  • Les sables et les graviers alluvionnaires dans la partie basse de la ville actuelle.
  • Parfois le calcaire grossier lorsqu’il était atteint après avoir exploité les alluvions du dessus.
  • L’argile a également était exploitée. La présence d’une briqueterie à l’angle des rues de la Côte d’Or (anciennement chemin du Bas du Ru) et Guy Môquet (anciennement rue Bonneau ou chemin des Fours à Chaux), l’indique.
fig. 2 Ancienne carrière du Plant de Champigny.
fig. 2 Ancienne carrière du Plant de Champigny.

Ces exploitations, toutes à ciel ouvert, ont permis de faire un grand nombre de découvertes archéologiques tout au long du 19ème siècle. On a trouvé, notamment, dans la carrière de calcaire du Buisson Pouilleux (à l’emplacement actuel des archives municipales) : lames, grattoirs, racloirs, pointes de flèche, haches, ossements divers, traces de foyers… [1]

4.2- Le calcaire de Champigny

Le calcaire de Champigny est un calcaire siliceux. Des nodules de silice sont noyés dans le calcaire. Lorsque la proportion de silice était trop importante, la roche ne pouvait pas être utilisée pour la fabrication de la chaux, elle était alors vendue comme pierre de construction. [2] La plupart des vieux murs de Champigny, visibles encore aujourd’hui, sont en calcaire de ce type.
C’est une strate qui appartient à l’étage de l’Eocène supérieur (40-34 Ma environ). La silification résulte d’une infiltration de l’eau dans le calcaire postérieurement au dépôt de celui-ci. [3] On n’y trouve pas ou peu de fossiles. [4]

fig. 3 Le calcaire de Champigny.
fig. 3 Le calcaire de Champigny.

4.3- L’importance de la chaux

La chaux est l’ancêtre du ciment. Ce dernier, découvert au milieu du 19ème siècle, l’a remplacée rapidement en raison de sa plus grande rigidité et de son coût inférieur. Mélangée au sable, elle constituait le mortier servant à jointer les pierres de construction.

La chaux a été utilisée pour la fabrication du mortier dès l’antiquité. Cependant, elle a été également utilisée pour bien d’autres choses : amendement des sols acides, désinfection des murs par badigeonnage, conservation des œufs… Aujourd’hui, on l’utilise encore, dans une moindre mesure, pour la réhabilitation des murs anciens sur lesquels on ne peut pas appliquer du ciment, pour le traitement des eaux, dans la sidérurgie, les appareils respiratoires… [5]

4.4- La fabrication de la chaux

La chaux vive s’obtient en chauffant, dans un four, des petits blocs de calcaire obtenus par concassage, entre 800 et 1000°C, pendant 20 à 25 heures. Le carbonate de calcium de la roche (CaCO3) se transforme alors en oxyde de calcium (CaO).

Après retrait du four, on y ajoute de l’eau par arrosage ou immersion des blocs. Ceux-ci se fendillent et se délitent, on obtient ainsi de la chaux éteinte constituée d’hydroxyde de calcium (Ca(OH)2), sous forme d’une poudre blanche. Après broyage, tamisage et ensachage, celle-ci sera mélangée, lors de son utilisation, au sable pour faire du mortier. Lors de la prise de celui-ci, l’eau s’évapore et le CO2 de l’air est absorbé. L’hydroxyde de calcium redevient alors du carbonate de calcium.

Le four était généralement construit à proximité d’un talus permettant d’accéder à son sommet, appelé "gueulard", situé environ à 7-10 mètres de hauteur. Sa forme ovoïde avait un diamètre d’environ 3,50 mètres. [6]. Les blocs de calcaire étaient cassés pour obtenir des morceaux de 5 à 6 cm. Ils étaient introduits dans le four par le gueulard. On ajoutait également, alternativement, une couche de charbon à raison de 200kg pour une tonne de roche. Lorsque le chargement était arrivé aux trois quarts de la hauteur du four, on mettait le feu à sa partie inférieure. La combustion se propageait alors progressivement, en montant d’une couche à l’autre. Dans les fours à feu continu, comme ceux de Champigny, au bout de 20 à 25 heures, on retirait, à l’aide d’un crochet, par le bas appelé "ébraisoir", la première couche de calcaire calciné. [7]Aussitôt on ajoutait au-dessus, par le gueulard, une nouvelle couche de roche et de charbon. Cette opération étant renouvelée lors de chaque défournement, le four restait ainsi toujours allumé et produisait de la chaux 24 heures sur 24.

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Les fours à chaux de Champigny furent en 1870, lors du siège de Paris par les armées des états allemands, le lieu de violents combats dus à une tentative de sortie de l’armée de Paris. Cet épisode fut peint, par deux peintres, sur une fresque panoramique : Le panorama national de la bataille de Champigny. On peut y voir l’aspect qu’avaient les fours à chaux à cette époque. Deux aquarelles ainsi qu’une photographie de l’angle des rues G. Môquet et de Bernaü, sont également conservées aux archives départementales du Val-de-Marne. Les représentations des fours restent cependant des documents relativement rares.

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5- Itinéraire proposé

L’itinéraire débute à la station Champigny du RER A. En sortant de la gare, prendre le boulevard de Champigny en direction du pont du même nom.

Arrêt n°1 : La Marne

Sur le pont de Champigny, du côté aval (à droite en allant vers Champigny), on peut voir :

  • La rive concave et son relief abrupt du côté Champigny.
  • La rive convexe et son relief plat du côté Saint-Maur.
  • Les îles de la Marne dues au dépôt des produits de l’érosion provenant du plateau (voir l’article sur les îles de la Marne).
  • L’arrivée canalisée du ru de la Lande, du côté Champigny, à la hauteur du restaurant situé au bord de la rivière, dans l’alignement de la rue de l’Eglise. Nous en reparlerons lors de l’arrêt n°6.
fig. 9 Vue vers l'aval de la Marne depuis le pont de Champigny.
fig. 9 Vue vers l’aval de la Marne depuis le pont de Champigny.

Au bout du pont, juste avant le restaurant, descendre par l’escalier pour atteindre la berge. Passer sous le pont. Après ce dernier, on observe la présence d’un mur anti-crue. Le premier passage dans celui-ci, numéroté C30, ainsi que le deuxième, un peu plus loin, numéroté C29, peuvent-être condamnés avec des bastaings en bois en cas de montée des eaux. Les encoches métalliques vertes de chaque côté des ouvertures permettent le blocage des planches.

Revenir en arrière jusqu’à l’escalier précédent et poursuivre le long de la Marne dans le sens du courant. Sur la gauche, on constate que les immeubles les plus modernes sont construits sur pilotis et que les garages sont ajourés afin de permettre à l’eau de s’évacuer lors de la décrue. Sur la droite on observe un chapelet d’îles alluvionnaires, dans l’ordre : l’île de l’Abreuvoir sur laquelle s’appuie le pont, la longue et étroite île de Champigny, les 2 îles des Gords et la grande île de Pissevinaigre. Différentes techniques sont utilisées pour protéger leurs berges.

fig. 10 Les construction sur pilotis pour limiter les dégâts dus aux inondations.
fig. 10 Les construction sur pilotis pour limiter les dégâts dus aux inondations.

Une grande partie de l’itinéraire faisant partie de la promenade "Tour de Champigny" proposée par l’office du tourisme, pour ne pas se perdre, il suffit, à partir de ce point, de suivre le plus souvent le balisage bleu, jusqu’à l’arrêt n°7 : Les fours à chaux.

Peu avant l’île de Pissevinaigre, une conduite d’eau souterraine à haut débit se déverse dans la Marne. Il s’agit de l’eau provenant de la station d’épuration de Neuilly-sur-Marne.

Arrivé à la hauteur du milieu de l’île de Pissevinaigre, prendre à gauche le chemin de Ile de Congé, tourner à droite dans la rue de Musselburgh puis prendre tout de suite à gauche le passage de la Côte en pente très raide qui débouche dans le sentier du Roc. Traverser la voie de chemin de fer en empruntant l’escalier-passerelle. Traverser le sentier des Savannes (nous y reviendrons plus tard). Au bout du passage de la Côte, prendre à gauche le sentier de la Mocane.

Arrêt n°2 : Le lavoir

Après 10 minutes de marche, au niveau du n°43 de ce sentier, ce trouve l’ancien lavoir de la Mocane. L’eau provient de la nappe phréatique perchée, engendrée par la couche d’argile verte (voir figure 21 : coupe N-NW, S-SE Le Perreux-Champigny). Ce lavoir était couvert comme on peut le voir sur les anciennes photos. Il a permis, jusqu’en 1935, [8] aux habitants du coteau de laver leur linge sans avoir à descendre jusqu’à la Marne.

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Arrêt n°3 : Le panorama

Revenir en arrière jusqu’au croisement du passage de la Côte avec le sentier des Savannes que nous avons traversé tout à l’heure. Prendre ce dernier vers la droite. Sur le côté droit du sentier, de vieux murs servent de clôture. On peut y observer :

  • La meulière caverneuse de Brie reconnaissable à sa couleur rouille.
  • Le calcaire de Champigny que l’on reconnaît grâce à ses nodules de silice.
  • Le calcaire grossier plus tendre contenant des fossiles de cérithes.

Après 500 mètres environ (ne pas tenir compte du balisage bleu), devant le panneau explicatif du paysage, la vue s’ouvre sur la vallée de la Marne et de la Seine. On peut observer, entre autres, la tour Eiffel avec derrière, un peu à gauche, la butte témoin du Mont-Valérien, à l’horizon, le plateau de Beauce. Vers la gauche du panorama, le Mont-Mesly avec ses immeubles, autre butte témoin délaissée par l’érosion.

fig. 13 Vue du Mont-Mesly à Créteil depuis le sentier des Savannes.
fig. 13 Vue du Mont-Mesly à Créteil depuis le sentier des Savannes.

Arrêt n°4 : L’affleurement

Au bout du sentier, traverser l’avenue Marx Dormoy (RN4) au passage pour piétons. Descendre l’avenue vers la gauche. L’assise du mur qui clôt la propriété sur la droite est un affleurement du calcaire de Champigny, sans doute le dernier de la commune ! Le mur de la propriété est construit également avec cette roche.

Prendre à droite la rue Martelet. Après 150 mètres environ, entrer dans le parc à droite.

fig. 14 L'affleurement du calcaire de Champigny, avenue Max Dormoy.
fig. 14 L’affleurement du calcaire de Champigny, avenue Max Dormoy.

Arrêt n°5 : Le glissement de terrain

Nous avons ici une illustration du problème récurrent qui touche toutes les constructions du coteau de Champigny et d’ailleurs. La couche superficielle meuble glisse, sur la couche plus compacte du dessous, car le terrain est en pente. Les murs dont les fondations sont peu profondes sont ainsi emportés ou poussés. Certains propriétaires ont ajouté des contreforts à leur clôture pour la soutenir. Dans le parc, on a choisi de construire des murs en pierres sèches maintenues par une cage métallique afin d’éviter ce problème.

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En suivant le balisage bleu, on remonte tout le parc jusqu’à atteindre la rue du Monument. Après avoir observé les contreforts qui soutiennent le mur de clôture de la maison située au n°43, on traverse la route pour entrer en face, dans la deuxième partie du parc. Toujours en suivant les marques bleues, on traverse successivement : l’avenue de Coeuilly, la rue Alfred Grévin puis l’avenue Henri-Marie le Boursicaud.

Arrêt n°6 : Le belvédère

Après avoir traversé la dernière avenue au passage pour piétons, un peu à gauche, se trouve un belvédère intéressant et complémentaire du panorama précédent. Sur place, une carte en relief permet de se repérer aisément. A gauche on voit le château d’eau de Saint-Maur situé au bord de la Marne. Au centre, par temps clair, le Mont-Valérien est parfaitement visible derrière la tour Eiffel. En se tournant de plus en plus vers la droite s’ajoutent d’autres buttes témoins, dans l’ordre : Montmartre, le massif de Belleville-Romainville avec la tour hertzienne du fort de Romainville et la tour de "Bison Futé" au fort de Rosny, le plateau d’Avron avec à son sommet le château d’eau.

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Le plateau de Brie, sur lequel nous nous trouvons, a été entaillé par le ru de la Lande. En effet, en regardant vers le Nord, on constate que la pente descend puis remonte vers l’horizon devant le massif de Belleville-Romainville et le plateau d’Avron. Ce ruisseau est aujourd’hui entièrement souterrain. Son parcours est visible sur la carte "Renseignements relatifs aux carrières et à la nature du sous-sol" de 1937, précédemment citée. Après avoir contourné Champigny par l’Ouest, il débouche dans la Marne au niveau du pont de Champigny (voir arrêt n°1).

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Nous quittons cette dernière partie du parc par la rue de Bernaü située tout en bas, au Nord de celui-ci (suivre le balisage bleu). Nous prenons ensuite cette rue à gauche. Après le rond-point, un pont permet de franchir à nouveau la voie de chemin de fer de tout à l’heure qui passe cette fois ci dans une tranchée profonde creusée dans le calcaire de Champigny. Au bout de la rue de Bernaü, se trouvent, sur la gauche, les fours à chaux.

Arrêt n°7 : Les fours à chaux

Les fours n’ont pas toujours été à cet endroit. Les plans cadastraux de 1813 et 1840 ainsi que le plan de la monographie des communes de la Seine de 1905 (voir figure 24) permettent de suivre un peu leur évolution et leur déplacement. L’édifice aujourd’hui visible date de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. En 1900 l’ancienne maison Balin, Posno et Le Roy des Closages devient la société anonyme : "La chaux industrielle". A cette époque il n’y avait que 3 fours. [9] La carrière la plus proche se trouvait à l’emplacement du stade Nelson Mandela actuel. Cette société semble prospérer car en 1906 quatre nouveaux fours sont construits, puis quatre autres en 1907. Il y avait donc 11 fours en activité sur ce site. 0n les voit sur le plan de la demande de permis de 1907. Celui-ci est consultable aux archives municipales. Aujourd’hui, seule l’entrée des 5 premiers est visible depuis la rue de Bernaü. La propriété étant privée, on ne peut normalement pas entrer dans la cour mais le portillon est toujours ouvert...

fig. 23 Plan des fours à chaux de Champigny en 1907.
fig. 23 Plan des fours à chaux de Champigny en 1907.

Il y avait en fait deux sites, l’un au n°48 de la rue de Bonneau (aujourd’hui Guy Môquet), il s’agit du lieu où nous trouvons, l’autre au n°96 de la même rue avec en face une briqueterie (à l’angle des rues de la Côte d’Or et Guy Môquet). A cette deuxième adresse il y avait 3 fours supplémentaires en 1905. La société La chaux Industrielle possédait également, d’après son en-tête de lettre, des installations à Aubervilliers (93) et à Mortcerf (77). Les fours de cette dernière commune existent encore aujourd’hui mais ne sont, bien entendu, plus en fonction.

fig. 24 Le chemin des Fours à Chaux en 1905.
fig. 24 Le chemin des Fours à Chaux en 1905.

En 1905, la production des deux sites, autrement dit des 6 fours, était de 650 à 700 tonnes de chaux par mois. Pour cela, 55 ouvriers et employés travaillaient dans l’entreprise. [10] Ce qui signifie qu’après l’agrandissement de 1907, comme il y avait 14 fours à Champigny, la production peut donc être estimée à 1600 tonnes de chaux par mois.
En plus des fours il y avait un certain nombre de machines : des concasseurs et des broyeurs pour casser la roche et broyer la chaux, des bluteries pour tamiser la poudre avant la mise en sac. Tout cela générait beaucoup de poussière qui indisposait les habitants. Des plaintes, parfois anonymes, sont adressées au maire. [11]

Le transport depuis les carrières jusqu’aux fours, puis des fours jusqu’aux lieux d’utilisation de la chaux, se faisait grâce aux chevaux. La société en possédait 45 en 1905. Le permis de construire indique l’emplacement de l’écurie. Sur ce même document figure également l’emplacement d’une forge servant à affuter régulièrement les outils des carriers et à ferrer les chevaux. La présence d’un poulailler et d’un jardin semble indiquer qu’une partie du terrain était sans doute laissée à la disposition des ouvriers pour leurs cultures et élevages personnels. Les patrons et les cadres de l’entreprise habitaient à proximité. Mme Leroy des Closages dont la propriété apparaît sur le plan est sans doute la veuve de l’ancien propriétaire de la carrière, celui qui dirigeait l’entreprise en 1870 lors de la guerre. Il était par ailleurs adjoint au maire et à ce titre il a participé à l’inauguration du monument commémoratif de la rue du Monument en 1873.

Les bulletins municipaux nous informent que la société existait encore en 1931 car elle versa, un don de 170 francs à la caisse des écoles de Champigny. Après cette date, il n’y a plus de traces d’elle.
En 1959, un permis de construire pour un immeuble d’habitation (celui que l’on voit aujourd’hui) est déposé. [12]Le talus des fours et la rampe d’accès sont conservés pour éviter sans doute un terrassement trop couteux. Les plateformes sont transformées en garages pour les occupants de l’immeuble.

Arrêt n°8 : Les roches exploitées en région parisienne

Descendre la rue Guy Môquet vers la gauche (ne plus suivre le balisage bleu). Au grand rond-point, traverser l’avenue François Mitterrand et prendre l’escalier en face qui mène sur une petite esplanade. Cet arrêt permet de faire l’inventaire des roches utilisées pendant des siècles dans la région.

  • L’immeuble le plus haut est en meulière caverneuse. En Ile de France, les principales carrières se trouvaient en Seine-et-Marne à proximité de la Ferté-sous-Jouarre, dans le bois de Meudon, sur le plateau de Verrières et dans la forêt de Montmorency. La meulière de la Ferté-sous-Jouarre, de meilleure qualité était réservée à la fabrication des meules pour les moulins, d’où son nom. Seuls les blocs de mauvaise qualité ou trop petits étaient utilisés pour la construction. [13]
  • De chaque côté de cet immeuble, les murs sont en calcaire de Champigny.
  • Les marches du vieil escalier qui descend vers la rue Albert Thomas sont en grès. Cette roche fut exploitée, entre autre, en forêt de Fontainebleau et utilisée pour la confection des pavés et des bordures de trottoirs.
  • La base de l’escalier ainsi que le palier sont en calcaire grossier contenant des fossiles de cérithes. La largeur du trottoir à cet endroit ne permet pas, cependant, une observation en toute sécurité. Nous retrouverons cette dernière roche lors du prochain arrêt.
    Continuer à descendre la rue Albert Thomas en direction du centre-ville. Traverser la rue Louis Talamoni (RN4). Sur le trottoir prendre à gauche puis tout de suite à droite, à l’angle du "café aux sports", la rue de l’Eglise.

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Arrêt n°9 : L’église

L’église date du 12ème et 13ème siècle. Elle est construite en calcaire grossier. C’est cette roche qui a également était utilisée pour la plupart des monuments parisiens.

Poursuivre dans la rue de l’Eglise jusqu’à le Marne. Reprendre l’escalier sur la droite et repasser le pont en direction du RER.

fig. 27 L'église de Champigny en calcaire grossier.
fig. 27 L’église de Champigny en calcaire grossier.

6- Conclusion

Au début du 20ème siècle, l’exploitation des matériaux géologiques était, et de loin, la principale activité industrielle de Champigny. Le territoire communal était criblé de carrières plus ou moins grandes et plus ou moins éphémères comme l’indiquent les cartes anciennes.

Ces sites ont pour la plupart été utilisés pour des installations collectives nécessaires à la transformation de l’ancien village en grande ville. C’est le cas, entre autres : des stades René Rousseau, Auguste Delaune et Nelson Mandela, des lycées Louise Michel et Langevin-Wallon, des groupes scolaires Marcel Cachin, Jacques Decour et Eugénie Cotton, du centre Jean Vilar et tant d’autres lieux que vous regarderez dorénavant d’un autre œil.

[1Rivière E. (1888) - Bulletin de la société d’anthropologie de Paris, 3ème série, tome 11, pp. 186-194.

[2Nivoit, E. (1887) - Géologie appliquée à l’art de l’ingénieur, tome 2, Stratigraphie ou géologie proprement dite, Librairies polytechnique Baudry et Cie, Paris, p. 463.

[3Lefèvre, G. (1902) - Département de Seine-et-Marne. Arrondissement de Melun. Notice de la carte agronomique du canton de Melun-Sud, pp. 12-13.

[4Meunier S. (1922) - Géologie : ouvrage destiné aux élèves des écoles d’agriculture et de l’Institut agronomique... aux ingénieurs, aux industriels, aux coloniaux...(deuxième édition), Vuibert, Paris, p. 756.

[5Wikipédia, article : chaux

[7Chassinat J.-A. (1865) - École d’application de l’artillerie et du génie, cours de constructions, 1ère partie : notions pratiques sur les éléments, la forme, les dimensions et la construction des maçonneries, pp. 28-30.

[8Site : le parisien.fr

[9Anonyme (1905) - Etat des communes : Champigny-sur-Marne, Conseil général de la Seine, p. 90.

[10Anonyme (1905) - Etat des communes : Champigny-sur-Marne, Conseil général de la Seine, p. 90.

[11Archives municipales de Champigny-sur-Marne, boîte 400 W 234 : La chaux industrielle.

[12Archives municipales de Champigny-sur-Marne, permis de construire n° 90/59.

[13Collectif Agapain (2002) - Les meuliers. Meules et pierres meulières dans le bassin parisien, presses du village, Etrépilly, p. 125.

 

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