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Sciences de la vie et de la Terre

Motivation et désir de comprendre : du module Tactileo à la recherche en groupe, un autre modèle de classe inversée.

26 / 05 / 2017 | Claude PERRIN

Comment accompagner les élèves en difficulté ? Ceux qui n’osent pas interrompre le cours et avouer qu’ils n’ont pas compris quelque chose ? Ceux qui passent l’heure souvent perdus et qui finissent par ne plus écouter ? Ceux qui viennent finalement vous voir à la fin de l’heure en toute discrétion mais à qui vous ne pouvez accorder que quelques minutes ? Comment ne plus avoir en tant qu’enseignant ce sentiment de frustration à la fin de l’heure ? Une frustration liée à l’idée de n’enseigner que pour les meilleurs élèves ? Comment remobiliser et remettre en confiance les élèves en difficulté face aux apprentissages quand vous gérez une classe entière ?

J’ai décidé de me lancer dans l’aventure de la classe inversée pour tenter de répondre à toutes ces questions. J’ai décidé de me lancer dans un modèle de classe où les élèves travaillent en groupe et ne sont plus contraints à rester assis en silence durant une heure à m’écouter ou à réaliser mon activité.

Mais quel modèle de classe inversée choisir ?

Phase 1 : Réfléchir à la mise en place de sa classe inversée.

On lit souvent à propos de la classe inversée que c’est un modèle pédagogique dans lequel la phase magistrale du cours est exportée en dehors de la classe.

Je ne crois pas qu’un élève puisse seul chez lui s’approprier des connaissances ou construire des concepts. C’est pourquoi, ce que j’ai voulu exporter en dehors du cours, c’est plutôt mon envie d’aiguiser l’appétit de curiosité de mes élèves, de les placer dans l’attente d’une résolution d’une problématique scientifique.

Je voulais qu’ils rentrent en classe en sachant déjà ce que j’attendais d’eux. Et pour cela il me fallait un outil facile à utiliser : Tactileo.

Phase 2 : La mise en place des groupes

La constitution des groupes est une des phases les plus importantes pour la réussite de la classe inversée. C’est une étape redoutée, tant par les élèves qui souhaitent évidement être avec leurs amis (ou ne souhaitent pas être avec telle ou telle personne par manque d’affinité), que par le professeur qui tente de ne pas céder au désidérata de ses élèves. Pour ma part, j’avoue avoir du faire quelques concessions…

Plutôt que des groupes de niveau, j’ai privilégié la constitution de groupe de niveau scolaire hétérogène dans l’idée que les meilleurs élèves soient obligés de discuter, de partager leurs idées avec les autres membres du groupe pour parvenir à rédiger en commun. Mieux vaut, quand c’est évidement possible, placer un seul élève en difficulté par groupe car sa prise en charge par les autres élèves et l’enseignant n’en sera que plus facile et constructive.

Sur l’ensemble des quatre classes de troisième, j’ai opté pour des groupes de 4 élèves voire 5 (cela fait parti des concessions dont je parlais plus haut). J’expliquerai pourquoi, l’année prochaine, je vais plutôt opter pour des groupes de maximum 3 personnes.

Phase 3 : Le choix des modules Tactileo

Tactileo offre un large choix de modules modifiables pour initier les séances d’activité de groupe. Il m’est arrivé de proposer parfois deux modules à visionner avant une activité de groupe mais il me semble à présent préférable de n’en proposer qu’un seul afin d’augmenter la probabilité que l’élève prenne le temps de correctement le réaliser.
Je prendrais deux exemples, l’un sur un niveau 3ème, l’autre sur un niveau 4ème.

Niveau 3ème : Le module choisi est un module « COMPRENDRE : Découverte et utilisation des antibiotiques ». Il permet aux élèves de comprendre comment s’est faite la découverte accidentelle du premier antibiotique et son rôle dans la lutte contre une infection bactérienne, d’aborder la notion de résistance bactérienne et de répondre à la question posée au préalable en classe : Pourquoi, comme le slogan publicitaire l’affirme, : « Les antibiotiques, c’est pas automatique » ?

Niveau 4ème : Le module choisi est un module « DÉCOUVRIR : Les humains face au changement climatique ». C’est un module qui fait le constat des conséquences sur l’environnement et l’activité humaine du réchauffement climatique. La fin du module, que j’ai modifiée, pose une problématique à résoudre en classe : « Quelle est la cause du réchauffement climatique ? »

Phase 4 : Motiver les groupes à visionner les modules

Choisir les modules c’est bien, mais faire en sorte que les élèves les visionnent, c’est mieux ! J’ouvre donc pour tous mes modules, une session jusqu’à la fin de l’année afin que les élèves puissent les consulter quand ils le souhaitent.

Après avoir donné le code d’accès aux élèves, mieux vaut leur imposer de prendre un pseudo de type NOM+CLASSE (surtout quand vous en avez 12 !) sinon vous allez vous retrouver avec des pseudos comme « tt » ou « mgh1 » … !

Phase 5 : Préparer les activités de groupe

Un module « COMPRENDRE : Découverte et utilisation des antibiotiques », sans être un cours, apporte aux élèves suffisamment de connaissances pour préparer une activité de groupe de type démarche scientifique avec un travail écrit argumentatif (je vois que …je sais que … j’en conclus que…) qui les pousse au raisonnement, à mettre en relation leurs connaissances.

Un module « DÉCOUVRIR : Les humains face au changement climatique » permet de préparer pour les élèves un travail de synthèse avec l’énoncé suivant : Expliquez à l’aide des trois documents ci-dessous, la cause du réchauffement climatique. L’exposé devra présenter une introduction, un développement et une conclusion.

Phase 6 : Démarrer l’activité de groupe

Naïvement, je croyais que proposer aux élèves de faire une activité numérique de 10 minutes à la maison était suffisamment ludique et novateur pour qu’elle soit automatiquement réalisée. Disons honnêtement que cela n’a pas été le cas !

Tactileo assure un suivi en ouvrant le module dans le menu « Résultats et Suivi ». C’est ce que je fais pendant que les élèves s’installent et se mettent en groupe. Je vidéoprojette les « Résultats et Suivi » et cela me permet de faire le point avec les élèves avant de commencer l’activité.

Une autre fonction intéressante sous Tactileo dans « Résultats et Suivi » est de pouvoir visualiser les erreurs commises par les élèves mais aussi le temps qu’ils passent sur chaque question. Cela me permet, avant que l’activité ne débute, de rapidement mettre l’accent sur ce qui n’a pas été compris par certains, mais aussi d’insister sur le fait que passer seulement 10s sur un exercice n’est pas un temps suffisant de réflexion. Cela permet aussi de discuter avec les élèves n’ayant pas visionné les modules de manière à lever les éventuels blocages.

Mais malgré tout, certains élèves rentrent tout de même en résistance ou « oublient » de visionner le module. Je leur propose alors de le faire sur leur Smartphone ou sur mon ordinateur au bureau sur le temps de classe.

On peut obtenir ce type de diagramme pour une question posée dans le module « COMPRENDRE : Découverte et utilisation des antibiotiques »,

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Ce type de diagramme est aussi l’occasion de vous apercevoir qu’une question posée qui n’a réuni que très peu de bonnes réponses doit être mieux formulée, simplifiée voire même supprimée !

Phase 7 : L’activité de groupe

Une fois l’activité distribuée, je laisse 10 minutes aux différents groupes pour réfléchir. Je passe ensuite voir chaque groupe et désigne un élève afin de vérifier où ils en sont dans leur raisonnement, dans leur compréhension des documents...

C’est sans nul doute la phase que je préfère : je prends le temps de discuter avec eux, je suis disponible pour répondre à leurs questionnements, pour les remobiliser ou les mettre en confiance face à leurs difficultés. J’ai le sentiment de découvrir certains élèves et de mieux les comprendre. Je ne me vis plus comme une figure autoritaire mais comme un tuteur. Durant l’heure, je lis régulièrement les productions écrites de chaque groupe ; j’adapte alors mon aide en fonction des groupes, en leur donnant des conseils de rédaction, en les guidant à mieux exploiter les documents ... Et dans le brouhaha des discussions qui se déclenchent et qui pourraient ressembler à du chahut, les relations qui s’établissent entre eux et moi sont détendues.

Nous avons tous vécu cette situation, où face à une activité, un élève préfère attendre passivement plutôt que d’être confronté à ses difficultés. Dans le cadre d’un travail de groupe, s’il bloque sur un problème de compréhension, il n’est plus contraint à baisser les bras comme il le faisait auparavant en classe entière. Cette fois, son travail de compréhension peut être effectué au sein de son groupe (pour peu qu’il soit bien intégré et motivé) où l’entraide et la collaboration prennent le pas sur la compétition. Son travail de compréhension peut être facilité aussi avec moi au sein du groupe, ce qui va me permettre de mieux cibler où se trouve le blocage. A mon sens, même si un élève en difficulté ne participe pas directement au sein du groupe, il est témoin des discussions qui s’engagent, des différents points de vue de chacun, de leurs hésitations et de leurs questionnements. Il réalise que pour résoudre un problème, cela demande pour tous de passer par une phase de construction qui est difficile mais indispensable.

S’il n’existe pas de méthode d’enseignement idéale, toute la richesse pédagogique d’une activité de groupe provient du fait que l’appropriation des connaissances ou la construction de concepts nécessite à la fois l’intervention de l’enseignant mais aussi l’échange avec l’élève et entre les élèves. C’est cette dynamique des échanges qui s’installent, les confrontations de représentations, les résolutions partagées au sein du groupe d’élèves qui vont permettre la construction intellectuelle des savoirs.
Mais comme je l’ai déjà dit, certains élèves sont entrés en résistance depuis certainement quelques années. Le plus difficile est de les mobiliser, de les remettre en confiance face à la construction de ces savoirs…J’aimerais pouvoir vous dire que j’ai réussi pour tous…

Phase 8 : Après l’activité de groupe

L’activité relevée doit être corrigée pour le cours suivant. Pour la correction, c’est en discutant avec une de mes collègues de lycée que j’ai eu l’idée de leur proposer une correction de devoir de type synthèse ou de raisonnement/démarche scientifique. Un exemple de présentation pour une correction d’activité de type synthèse :

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Phase 9 : Et le cours dans tout ça ?

L’activité d’écriture est conservée mais elle ne se résume pas (plus) à copier un cours. La trace écrite du cours est en effet distribuée aux élèves. Cette activité d’écriture est tout de même présente durant l’activité de recherche. C’est une écriture plus personnelle qui ne se résume pas à un copié-collé d’un modèle élaboré par l’enseignant. L’écriture lors d’une activité de groupe, est plus proche de la pensée, c’est-à-dire qu’elle est faite d’essais-erreurs, de remaniement, de précisions à ajouter, d’ajouts d’écriture des autres,…Cette activité d’écriture donne à voir aux élèves ce qu’est l’activité de pensée, qui n’est pas une réflexion immédiate et parfaite comme peut l’être le cours donné d’emblée, mais quelque chose qui se construit. Ce temps qui me semble perdu à recopier un cours, je préfère l’investir en faisant plus d’activités où le savoir se construit.

Le bilan de cours, distribué aux élèves, est vidéo projeté. Il est commenté par l’enseignant et questionné par l’élève. C’est évidement une phase indispensable qui permet de clore la construction d’un savoir et amène à un autre questionnement et donc à une autre activité de groupe…Je pense devoir, l’année prochaine, consacrer un peu plus de temps à ces phases de cours quand ce sera nécessaire, ne serait-ce que pour satisfaire les quelques élèves que cela rassure.

Phase 10 : Sonder les élèves

Que pensent les élèves de cette méthode d’enseignement ? Quelles en sont les limites ?
Pour répondre à ce questionnement, j’ai fait passer un questionnaire anonyme aux élèves des quatre classes de troisième. Les réponses au questionnaire constituent une base d’informations intéressante et importante qui demanderait une analyse plus poussée (statistiques). Ici, je me contenterai de donner les éléments à mes yeux les plus significatifs. (Pour les résultats complets cf. « Résultats du sondage sur la classe inversée »)
Je tiens en préambule à préciser que l’accès à internet ne constitue pas une barrière pour aborder des activités de type classe inversée. Seul un ou deux élèves par classe disent ne pas avoir aisément accès à Internet. En les questionnant à ce sujet, c’est parce qu’ils sont ponctuellement punis par leurs parents qui leur interdisent l’accès à la maison !

Une brève description des classes de troisième s’impose avant de poursuivre : les 3ème 2 et 3ème 1 sont des classes « internationales » avec des élèves qui, en majorité, sont d’un bon niveau scolaire. La 3ème 3 quant à elle, est une classe hétérogène en terme de niveau. La 3ème 4 est une classe considérée comme difficile avec des élèves agitées et d’un niveau scolaire plus faible, c’est tout du moins l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. C’est d’ailleurs la seule classe où presque la moitié des élèves considère avoir des difficultés de compréhension en SVT (11 élèves sur 23) là où dans les autres classes, cela concerne une minorité d’élèves.

Il est intéressant de noter que quelque soit le niveau scolaire de la classe, les élèves préfèrent en grande majorité les SVT en classe inversée. Je m’attendais en effet à une certaine réticence de la part de classes comme les 3ème 2 avec de nombreux élèves d’un bon, voire un excellent niveau scolaire. Il n’en est rien et au contraire, comme toutes les autres classes, ils soulignent que « le travail de groupe est plus agréable, il permet un bon travail collectif dans une atmosphère plus détendue » que « cela permet de réfléchir ensemble et que si on ne comprend pas on peut s’entraider ».

Lorsqu’il s’agit pour les élèves de parler de l’aspect positif de la classe inversée, les termes ou expressions qui reviennent souvent sont : « partage », « entraide », « échange ses avis, ses idées », « atmosphère détendue », « plus simple à comprendre », « plus amusant », « ludique », « plus intéressant que d’écrire des cours », « plus compréhensible », « on apprend mieux »…
Un élève souligne qu’ « on retient mieux quand on réfléchit. Plus que quand on ne fait qu’écouter le prof. » Mais il ajoute aussi et nous en venons au reproche principal des élèves que « le problème dans un groupe de 4, c’est que deux s’amusent et deux travaillent. » Il a cependant une solution pour remédier au problème : « on devrait installer une caméra ou une fausse caméra pour intimider ceux qui s’amusent. Il pourraient de cette façon travailler ».

Au-delà de cette dernière remarque amusante, un des points principaux à améliorer est le nombre d’élèves qu’il faudrait limiter à 3 (avec une marge de conciliation qui concernerait deux ou trois groupes à 4). Même si le risque est de ne pas pouvoir passer assez de temps avec chaque groupe, cela permettra surement de limiter l’amusement de certains et obligera à la participation et à l’investissement de tous. Comme le suggère aussi un autre élève, il serait peut-être souhaitable de « varier les groupes ». Je vais tenter de le faire l’année prochaine.

Si dans trois classes de troisième une majorité d’élèves s’accordent sur le fait que la classe inversée demande une charge de travail moins élevée à beaucoup moins élevée (c’est le cas en particulier de la classe des 3ème 4), la majorité des élèves en 3ème 2 pense quant à eux qu’elle est comparable voire même plus élevée. La classe inversée a remporté une adhésion presque immédiate auprès des 3ème4 et c’est peut-être cette plus forte adhésion qui explique cette différence de perception.

Une majorité d’élèves dans l’ensemble des quatre classes de troisième pensent que les périodes d’activité de groupe en présence du professeur leur sont « très utiles » ou « utiles ». Mais même si les élèves reconnaissent que le fait de regarder les modules avant les activités est « très important » ou « important », une minorité d’entre eux les visionne systématiquement avant. Ces modules sont au mieux « souvent » ou « parfois » visionnés et même « jamais » ! J’ai bien compris que pour remédier à cela, je me dois de trouver une solution autre que de retirer deux points à une activité notée…Il me reste à trouver laquelle…

La qualité des modules Tactileo et leur durée ne sont en tout cas pas remises en cause. La majorité des élèves pensent que les modules Tactileo les aident pour les activités de groupe, accélèrent leur compréhension des cours. Ils plébiscitent aussi leur qualité, la clarté des explications et leur pertinence.
Un autre point à améliorer est celui des cours. Je me dois de vérifier plus souvent que les savoirs soient bien assimilés par les élèves, alterner travaux de groupe et cours. J’utiliserai certainement l’année prochaine plus souvent Plickers.

En conclusion :

Je ne peux qu’être satisfait de m’être lancé dans cette aventure amorcée en partie l’année dernière et que j’ai pu, grâce à Tactileo, définitivement mettre en place dans toutes mes classes de troisième cette année. Si j’emploie le terme de « définitif », c’est parce que je ne me vois plus enseigner comme je le faisais auparavant. Et si cette méthode d’enseignement aide une très large majorité d’élèves à rester motivée pour l’étude des SVT, elle m’a aussi ouvert une porte et fait entrer un peu d’air frais dans mes pratiques.

Plus qu’une mise en place d’une classe inversée peut-être devrais-je plutôt parler d’une classe motivée ?

Fichier PDF complet "Résultats du sondage sur la classe inversée"

 

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