Sciences de la vie et de la Terre

Sortie Géologique à Chennevières (94)

01 / 02 / 2013 | Laurent Cella

Même au pied des immeubles on peut faire de la géologie. Il suffit de savoir regarder !

 1- Généralités

1.1- Thèmes abordés :

paysage, érosion, buttes témoins, sédimentation, utilisation des roches, fossiles, siège de Paris 1870

1.2- Niveau :

Collège, classe de 5e essentiellement.

1.3- Avantage :

Sortie qui ne prend pas trop de temps (une demi-journée), dans une zone très urbanisée où il est difficile de trouver des sites géologiques exploitables en classe.

1.4- Inconvénient :

Lorsqu’il y a de la brume, la vue panoramique est très restreinte. Il faut prévoir une photo en remplacement.

1.5- Localisation :

  • Arrêt n° 1 : Quai Winston Churchill, Pont de Chennevières, 94100 Saint-Maur-des-Fossés.
  • Arrêt n° 2 : Terrasse de Chennevières, rue du Général de Gaulle, 94430 Chennevières.
  • Arrêt n° 3 : Eglise Saint Pierre, rue du Général de Gaulle, 94430 Chennevières.

1.6- Accès :

RER A, station : La Varennes-Chennevières, puis à pied pendant environ 30 minutes.

Ou bus 308 (Créteil préfecture du Val de marne-Villiers sur Marne Le Plessis Trévise RER), arrêt : Hôtel de Ville de Chennevières à 300 m de l’église Saint Pierre donc à 2 minutes à pied de l’arrêt n° 3. Dans ce cas il faudra changer l’ordre des arrêts.

 2- Description

A la gare du RER A : La Varennes-Chennevières, prendre l’avenue du bac vers la gauche. Au niveau du pont de Chennevières, prendre à droite le quai Winston Churchill puis descendre au niveau de la Marne sous le pont. S’arrêter au niveau du muret.

2.1- Arret n° 1 : Pont de Chennevieres

2.1.1- Le Coteau :

Nous voyons le coteau de Chennevières dû au creusement par la Marne du plateau de Brie. Au début du quaternaire, la rivière coulait au niveau du plateau [1]. La dénivellation de 70m, entre Saint-Maur-des-Fossés ou nous sommes et Chennevières situé sur le plateau, a été obtenue en 2 Ma, soit une érosion de 7cm tous les 2000 ans.

  • Photo 1 : Le coteau de Chennevières
    Photo 1 : Le coteau de Chennevières
  • Figure 1 : Coupe du coteau de Chennevières
    Figure 1 : Coupe du coteau de Chennevières
2.1.2- Histoire des cours d’eau :

La Marne n’a pas toujours coulé à cet endroit. Il y a 800 000 ans, c’était la Seine qui coulait à Saint Maur [2], elle oscillait d’est en ouest et délaissa ainsi la butte de Mont-Mesly à Créteil, aujourd’hui entièrement recouvert par les grands ensembles d’immeubles du même nom. Le tracé exact de la Marne à cette époque n’est pas connu. Elle devait, sans doute, rejoindre la Seine au nord de Paris par le sillon de Sevran-Saint Denis, au nord du massif de l’Aulnay, où passe actuellement le canal de l’Ourcq.

Il y a 400 000 ans, la Marne passait au sud du massif de l’Aulnay et rejoignait la Seine sans doute au niveau du bois de Vincennes. Elle sur creusa l’ancien lit de la Seine, dont elle reprit le tracé après son abandon par celle-ci. La Seine, quant à elle, coule dorénavant dans son lit actuel, à l’ouest de Mont-Mesly.

Il y a 15 000 ans, sous l’influence de l’anticlinal de Meudon, la Marne achève la formation de son dernier méandre par l’érosion du coteau de Chennevières, dégageant ainsi la vaste plaine alluvionnaire où se trouve aujourd’hui Saint-Maur.

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2.2- L’assise rocheuse

Le muret sur lequel nous sommes assis est en grès. Les grès bartoniens (42-38 Ma) et stampiens (35-29 Ma), ont été fort appréciés pour la confection des pavés parisiens et des bordures de trottoirs [3]. Les carrières de grès les plus proches étaient situées au sud de Paris vers Fontainebleau ou dans la vallée de Chevreuse [4]. Les fameux rochers de Fontainebleau utilisés pour l’escalade sont en grès.

Photo 2 : Le muret en grès sous le pont de Chennevières
Photo 2 : Le muret en grès sous le pont de Chennevières

Remonter vers le pont et traverser la Marne. Arrivé sur l’autre rive, prendre l’impasse (rue de l’Etape) à gauche du massif de fleurs. Au fond un petit escalier permet d’accéder à la rue du Pont qui monte vers le centre de Chennevières. Après une centaines de mètres de montée, traverser au passage piéton pour prendre à droite le chemin de la Vieille Montagne. C’est le passage le plus délicat car il n’y a pas de feu. Il faut impérativement bloquer la circulation avant de commencer la traversée avec une classe.
En haut de ce chemin piétonnier, prendre à gauche la rue du Général de Gaulle. Il faut alors marcher sur 600 mètres avant d’atteindre la place où se trouvent les deux prochains arrêts. Au début la progression doit se faire en file indienne car le trottoir est étroit.

2.3- Arret n°2 : Terrasse de Chennevieres

2.3.1- Le panorama :

Nous avons un beau panorama sur la vallée de la Marne et de la Seine, creusée par ces deux cours d’eau entre le plateau de Beauce à l’Ouest et le plateau de Brie à l’Est sur lequel nous nous trouvons.

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Par temps clair nous pouvons voir, outre les principaux monuments parisiens : tour Eiffel, Sacré-Cœur, Invalides, Panthéon, tour Montparnasse… quelques buttes témoins délaissées par l’érosion : Montmartre, le mont Valérien, Mont-Mesly.

A l’horizon on peut voir le plateau de Beauce. La largeur de la vallée à ce niveau est de 15 km environ. Les deux cheminées de la centrale électrique de Vitry permettent de situer le lit de la Seine.

  • Photo 3 : La butte témoin de Montmartre
    Photo 3 : La butte témoin de Montmartre
    Sur la gauche on peut voir le château d’eau de Saint-Maur
  • Photo 4 : La butte témoin du Mont Valérien
    Photo 4 : La butte témoin du Mont Valérien
    Sur la droite, on voit les immeubles de bureaux de La Défense. Au pied de la tour Eiffel, à droite le dôme doré des Invalides et le dôme du Panthéon.
  • Photo : 5 La butte témoin du Mont-Mesly.
    Photo : 5 La butte témoin du Mont-Mesly.

Parfois l’agent communal oublie d’ouvrir le portail de la terrasse, notamment le matin. On peut alors aller à côté, au conservatoire de musique, c’est un jardin public. Sur la droite au bout du bâtiment, il y a un escalier qui mène à une petite terrasse. Dans ce jardin on trouve également un grand kiosque pour abriter tout le monde en cas d’intempérie et des toilettes publiques.
Au pied de la rambarde, des vignes ont été replantées pour rappeler qu’autrefois, tout le coteau, du fait de son exposition, était spécialisé dans cette culture.

2.4- Arret n° 3 : église Saint Pierre de Chennevieres

De l’autre côté de la place se trouve l’église Saint Pierre. On peut y observer les principales roches utilisées en Ile-de-France avant l’avènement du béton (sauf le gypse).

2.4.1- Les roches parisiennes :

Le calcaire grossier du Lutétien (50-42 Ma) avec de nombreux fossiles de cérithes. C’est une roche relativement tendre qui peut être sciée. Il a été utilisé pour le chevet, les contreforts et les angles. Le portail d’entrée, sculpté, a nécessité un calcaire plus compact donc dépourvu de fossiles. Les carrières de calcaire grossier étaient situées essentiellement dans la vallée : Saint-Maur, Vincennes, Ivry… [5] car cette strate est beaucoup trop profonde sur le plateau pour être exploitée facilement (voir figure 1).

photo 6 : Le calcaire grossier de l'église Saint Pierre de Chennevières.
photo 6 : Le calcaire grossier de l’église Saint Pierre de Chennevières.

Le silex, roche très dure qui ne peut pas être taillée a été utilisé en moellons naturels pour construire les murs, la cimentation étant réalisée à la chaux. Sur le plateau, jusqu’au début du 20e siècle, il y avait des fours à chaux qui transformaient le calcaire de Champigny (calcaire lagunaire) en chaux. La strate g1b : Stampien inférieur (35-29 Ma) calcaire de Brie de la carte géologique Lagny n° 184, située sous la couche de limon des plateaux, donc à très faible profondeur, contient de nombreux rognons de silex. Cette roche a donc été utilisée sur le lieu même de son extraction.

Photo 7 : Le silex de l'église Saint Pierre de Chennevières.
Photo 7 : Le silex de l’église Saint Pierre de Chennevières.

Même chose pour la meulière, autre roche siliceuse donc très dure, il s’agit ici de la meulière caverneuse. La meulière plus compacte était autrefois utilisée pour faire des meules, d’où son nom [6]. Beaucoup de villas de la proche banlieue construites au début du 20e siècle sont en meulière. Le groupe scolaire à 200 m de l’église dans la rue Durmersheim, datant de cette époque, est entièrement en meulière. La surface de la butte de Cormeilles en Parisis (Val d’Oise) est formée par une faible épaisseur de meulière de Montmorency de l’Aquitanien (23-21 Ma). Elle a été autrefois très activement exploitée comme pierre de construction [7].

photo 8 : La meulière caverneuse de l'église Saint Pierre de Chennevières.
photo 8 : La meulière caverneuse de l’église Saint Pierre de Chennevières.

On peut également citer les tuiles de l’église qui sont en argile. Le Sannoisien (35 Ma) : argile verte, a longtemps alimenté de nombreuses briqueteries et tuileries en Ile-de-France [8].

Cette couche imperméable à l’eau est également à l’origine d’une source située au fond du jardin du château des Retz (au croisement du chemin de le vieille Montagne et de le rue du Général de Gaulle). On peut y accéder par le petit bois à droite du chemin de le Croix Javot mais la zone est maintenant interdite au public pour des raisons de sécurité.

Sur la façade, à droite, se trouve un repère topographique de l’IGN.

Photo 9 : La façade de l'église Saint Pierre de Chennevières
Photo 9 : La façade de l’église Saint Pierre de Chennevières

 3- L’histoire rejoint la géologie

Lors du siège de Paris en 1870, la 2e armée de Paris du Général Ducrot tenta le 30 novembre et le 2 décembre 1870, de prendre les positions allemandes situées sur le plateau de Brie. Depuis la butte témoin de Montmartre, les bourgeois parisiens observaient à la lorgnette la montée des Français vers Villiers et Champigny ainsi que vers la butte de Mont-Mesly à Créteil qui du fait de son élévation était un point stratégique important qu’il fallait conquérir.

Plusieurs monuments et ossuaires situés sur les communes du plateau témoignent de cet échec militaire français face à l’armée allemande aidée par la géologie [9].

Photo 10 : Le monument wurtembergeois à Champigny.
Photo 10 : Le monument wurtembergeois à Champigny.

[1Charles Pomerol 1988 Découverte géologique de Paris et de l’Ile-de-France éd. BRGM, page 41.

[2Pierre Gillon 1987 Nouvelle histoire de Saint-Maur des origines aux Bagaudes éd. Le vieux Saint-Maur, page 47.

[3Ch. Pomerol et L. Feugueur 1986 Guides géologiques régionaux bassin de Paris 3e édition éd. Masson, page 39.

[4Albert F. de Lapparent 1964 Région de Paris excursions géologiques et voyages pédagogiques 2e édition éd. Hermann, page 28.

[5Ph. Diffre et Ch. Pomerol 1979 Guides géologiques régionaux Paris et environs éd. Masson, figure 26 page 60.

[6A. Foulcault et J.-F. Raoult 1995 Dictionnaire de géologie 4e édition éd. Masson, page 188.

[7Albert F. de Lapparent 1964 Région de Paris excursions géologiques et voyages pédagogiques 2e édition éd. Hermann, page 24.

[8Ch. Pomerol et L. Feugueur 1986 Guides géologiques régionaux bassin de Paris 3e édition éd. Masson, page 37.

[9Wikipédia : Bataille de Champigny.

 

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