Sciences de la vie et de la Terre

Un vieil ADN réécrit l’histoire humaine

24 / 06 / 2010 | Liliane Grandmougin

Les progrès techniques permettent actuellement à une équipe de séquencer en un mois un génome plus ou moins dégradé, issu d’os, cheveux, ou dent, tout en détectant la présence de contamination par de l’ADN moderne.

En mai 2010 ont été publiés les résultats de deux séquençages d’ADN importants. Le premier par une équipe danoise, concernait celui d’un Paléo-esquimau Saqqaq de 4000ans, découvert dans le permafrost du Groenland. Le second, trois semaines plus tard, était celui d’un Homo neanderthalensis, ancien hominine ayant vécu il y a 40000ans.

Les deux génomes, comparés aux données d’ADN humains actuels, ont apporté des informations importantes. Tout d’abord, l’analyse du génome de Neandertal a révélé qu’entre 45 000 et 80 000 ans, les Néandertaliens se sont probablement reproduit avec les sapiens dans la région à l’Est de la Méditerranée. On trouve chez les humains actuels non africains 1 à 4% de séquences génétiques héritées de Neandertal. Les chercheurs de l’équipe de Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck à Leipzig, ont trouvé 78 séquences codantes altérées, apparues après la divergence entre les deux groupes il y a quelques centaines de milliers d’années, et plusieurs régions génomiques issues de sélections positives chez les humains modernes, entre autres liées à la motilité du sperme, la cicatrisation des plaies, des fonctions cutanées, des séquences de contrôle de transcription et le développement cognitif. Seuls les génomes africains modernes sont dépourvus de séquences néandertaliennes, indiquant ainsi que les croisements se sont produits chez les humains ayant migré hors d’Afrique.

Cette découverte ravive le débat : les deux groupes sont-ils ou non des espèces différentes, ou bien Neandertal est-il, comme le pensent certains, une sous-espèce de sapiens ? Maintenant que l’on peut comparer les génomes des deux groupes, il va devenir possible de rechercher des racines génétiques communes. Par exemple, quel est l’origine du « chignon » occipital - protubérance à l’arrière du crâne propre à Neandertal - que l’on retrouve pourtant chez certains humains actuels ?

Les données issues du séquençage du paléo-esquimau Saqqaq, elles, renseignent sur le lien entre les changements climatiques et les migrations des populations. Ainsi, on a pu montrer que des peuplades proches des actuels Chukchi de l’est de la Sibérie ont migré il y a 5500 ans vers le Groenland. Ces découvertes devraient permettre de trancher sur des points longuement débattus, comme par exemple savoir si les premiers Amérindiens comprenaient des migrants européens, ayant traversé l’Atlantique pendant une période glaciaire.

Beaucoup d’espoirs sont fondés sur la prochaine analyse complète d’ADN mitochondrial issu d’un morceau de phalange retrouvé dans une grotte des montagnes Altai au sud de la Sibérie. D’après l’équipe de S.Pääbo, les premiers résultats révèlent déjà que l’individu dont elle provient a une origine inconnue ! Cet hominine ne présente aucun point commun génétique avec Neandertal ou sapiens. L’os, tout d’abord daté de 40 000 ans, est entouré d’une gangue de sédiments qui auraient au moins 100 000 ans. Des spéculations lui donnent une origine qui remonterait à une autre espèce plus ancienne du genre Homo, peut-être bien à une population d’H.heidelbergensis, connue en Europe de 300 000 à 500 000 ans, ou d’H.erectus, que l’on a trouvé à partir de 1,8 millions d’Années, depuis l’Afrique jusqu’en Indonésie.

Jusqu’alors, il semblait impossible de séquencer un ADN aussi vieux. Ces nouvelles techniques vont apporter bien des surprises en évolution humaine !

L.G. d’après Nature - Vol.465 - 13 mai 2010.

 

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