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Sciences de la vie et de la Terre

Une nouvelle culture

01 / 11 / 2013 | Liliane Grandmougin

Lors des premières mises en culture, les OGM promettaient monts et merveilles. Quelques années plus tard, les principales utilisations sont pour résister aux pesticides et ravageurs. Ils ont augmenté les rendements, diminué l’usage de produits chimiques mais sont perçus comme une source de profits et main-mise sur le vivant pour les grandes compagnies de l’agro-alimentaire. Mais de nouveaux OGM pourraient modifier cette piètre image.

En 1996, les principaux objectifs étaient de faciliter le travail des fermiers. Lorsque Monsanto a commercialisé les premières graines de soja "Roundup ready", elles contenaient un gène bactérien de résistance au glyphosate. Cela permettait aux agriculteurs de tuer la plupart des mauvaises herbes avec un seul produit, sans endommager les cultures. Puis est venu le coton Bt, producteur d’une toxine contre les ravageurs, permettant de limiter l’épandage d’insecticides. Mais les consommateurs, soucieux de leur santé et celle de leurs enfants, ont rejeté ces produits : "pas dans mon assiette !"
De nouvelles techniques ont fait leur apparition. Il est maintenant possible de modifier finement le génome d’origine des plantes et ainsi réduire l’apport de gènes étrangers. On cherche aussi à mettre des gènes moins toxiques. Par exemple, les chercheurs testent l’introduction d’une molécule émise par certaines plantes sauvages lorsqu’elles sont attaquées, qui mime une "phéromone d’alarme" produite par un aphide, insecte ravageur. Elle pourrait servir de répulsif et diminuer l’apport d’insecticides. Reste à convaincre les utilisateurs encore sceptiques.

1- Un intérêt local :

En plus des grandes compagnies, certains laboratoires travaillent à améliorer les plantes très utilisées dans les pays en voie de développement, non seulement pour lutter contre les maladies mais aussi améliorer leurs qualités nutritionnelles. Les essais portent sur des plantes comme le manioc (Manihot esculenta), mais les plus connus concernent le riz doré, enrichi en beta carotène, précurseur de la vitamine A. Bien que controversé à sa sortie, il est actuellement testé aux Philippines. Des études similaires sont en cours sur une banane, résistante à la maladie de Panama (fusariose du bananier) et enrichie en beta carotène et divers sels minéraux, pour lesquels les carences sont fréquentes en Afrique, entre particulier en Ouganda.

D’autres variétés ont des visées plus commerciales. Par exemple l’élaboration d’une prune sans noyau. Cette partie dure constitue un frein à son utilisation dans des produits élaborés car il est difficile de s’en débarrasser mécaniquement sans laisser de petits morceaux. Enfin, des « pommes arctic » ont fait leur apparition. Elles ne brunissent pas après avoir été coupées, grâce à l’insertion d’un gène provenant d’une autre pomme qui produit un niveau anormalement bas de polyphénol oxydase. Cela permettrait de relancer la consommation en baisse, en vendant les pommes dans des sachets plastiques, découpées et prêtes à consommer. Des avocats, poires et laitues pourraient suivre en cas de succès.

2- Des techniques avancées :

L’insertion de nouveaux gènes utilise des outils bien rodés, comme le canon à ADN qui envoie des nanoparticules d’or recouvertes d’ADN d’un autre organisme ; ces éléments s’insèrent aléatoirement dans le génome de la plante cible. De nouveaux outils plus précis commencent à être utilisés, incluant des nucléases et autres protéines en doigt de zinc, qui découpent la double hélice en des points choisis par l’expérimentateur, par exemple dans des zones où leur expression est optimale et non au beau milieu d’un gène crucial. Il est possible ensuite de réparer finement l’ADN en y introduisant une mutation ponctuelle ou même un gène entier. Cette technique à déjà été testée avec succès sur le tabac et le maïs pour résister aux herbicides. Pour le riz, il a été possible d’exciser le gène de sensibilité à une infection bactérienne (« bacterial blight »). L’idéal serait d’améliorer des gènes déjà existant. Par exemple les plantes ont déjà des gènes proches des gènes bactériens des plantes Roundup ready. On pourrait les rendre résistantes en se passant d’un gène étranger. Le reste est encore du domaine du secret industriel.

3- Des cultures isolées :

Certains pruniers et citronniers génétiquement modifiés, ne pouvant survivre qu’en serre, ont une croissance et floraison accélérées, grâce à un gène de peuplier. Par des hybridations traditionnelles, il serait possible d’obtenir des caractères voulus, comme une résistance à une maladie ou un plus fort taux de sucre, mais beaucoup plus vite. Il suffirait ensuite d’ôter le gène étranger, possible sur peu d’échantillons. Cela pourrait rassurer les autorités chargées de réguler la mise sur le marché des produits, ainsi que les consommateurs.

Les techniques ont actuellement atteint un haut niveau de précision mais aussi une grande facilité d’accès. À tel point qu’il existe actuellement des "bio hackers" qui œuvrent artisanalement dans leur garage aux prochains "organismes révolutionnaires", végétaux ou animaux, un peu à la façon des précurseurs de la micro-informatique des années 70. Si les acteurs traditionnels ne donnent pas satisfaction sur le marché ou auprès des consommateurs, ils pourraient bien prendre la relève.

L.G. d’après Nature vol.497- 2 mai 2013.

Pour en savoir plus : liens sur la série d’articles originaux, dont des graphiques (GM crops, a story in numbers) : http://www.nature.com/news/specials/gmcrops/index.html

 

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