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Sciences de la vie et de la Terre

YouTubers et SVT

15 / 05 / 2017 | Nathalie Lepouder | Guillaume Azéma | Vincent Audebert | Arnaud Van Praët

Si les métiers du numérique sont en plein développement, celui de YouTuber (du nom de la plateforme Youtube) est apparu il y a quelques années et il est devenu incontournable.

Les YouTubers se mettent en scène, assez souvent avec humour, pour divertir ou partager des connaissances : de comment savoir déboucher son lave-linge à tout comprendre de la théorie du Big Bang ! ;-)

Appréciés des jeunes, notamment des adolescents, certains attirent sur leur chaîne des milliers voire des millions d’abonnés qui génèrent un revenu.Comment intégrer ce phénomène dans notre enseignement, aussi bien sur l’aspect disciplinaire que dans le cadre de l’éducation aux médias et à l’information ?

Pour cela, nous avons réalisé une étude, non exhaustive, sur une vingtaine de chaînes YouTube qui traitent de thèmes plus ou moins proches des sciences de la vie et de la Terre.

Pour certaines chaînes, l’analyse d’une vidéo sélectionnée fait l’objet d’un article séparé dont le lien est disponible à la fin de cette synthèse.

Étude comparative de 20 chaînes YouTube en rapport avec les SVT

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Une grande diversité de chaînes YouTube

Il existe un grand nombre de chaînes YouTube dédiées aux sciences et notamment à la biologie. La géologie est beaucoup moins représentée. Certaines chaînes ne placent pas la biologie parmi leurs principaux thèmes mais peuvent les aborder ponctuellement, parfois avec réussite.
Le niveau d’explication est très variable, parfois très simple (début du secondaire), d’autres fois beaucoup plus complexe (niveau universitaire). Il n’existe pas de relation entre le niveau de complexité de la chaîne et le nombre de vues. Le nombre de vues semble plutôt corrélé au format (qualité de l’image et du son, incrustations d’écran, montage, langage utilisé…) qui peut atteindre un niveau professionnel, ce qui est parfois le cas puisque certains en font leur activité principale, certaines chaînes sont même coréalisées avec l’aide de groupes audiovisuels tels que France Télévision par exemple.

Le profil des YouTubers

Les YouTubers sont souvent jeunes et ils comportent une majorité d’étudiants et de jeunes actifs. Les réalisations vont de la fabrication artisanale, dans sa chambre ou son salon, avec un présentateur filmé, souvent "face caméra" et accompagné de quelques illustrations, à des réalisations professionnelles avec un montage de qualité, des animations, des infographies, des incrustations et des effets spéciaux. Ces dernières productions représentent un investissement très important au niveau temporel et financier, difficilement compatible avec une vie de famille et un autre métier, d’où la tendance à une professionnalisation.
Presque la moitié des YouTubers font du placement de produit sous la forme d’un appel à financement. De l’aide financière ponctuelle au revenu principal du YouTuber, ces contreparties financières (facultatives) posent certaines questions :

  1. L’objectif prioritaire du YouTuber : apporter des connaissances et une meilleure compréhension ou rechercher le plus grand nombre de vues et d’abonnés possibles ?
  2. La légitimité du YouTuber comme producteur de média scientifique : expert de par sa profession (scientifique, journaliste…), étudiant en science ou simple passionné ?
  3. Les sources utilisées : comment vérifier les informations alors que les sources ne sont pas toujours affichées ou citées ?

Il est important de signaler que certaines entreprises, dont des plateformes parascolaires, comme "Les bons profs" ou "Schoolmouv" utilisent Youtube pour leurs vidéo, parfois disponibles en intégralité gratuitement. Nous en avons analysé quelques unes, même si dans ce cas le modèle économique repose essentiellement sur le freemium, l’entreprise monétisant les services proposés, souvent sous forme d’abonnement.

Les chaînes YouTube et l’apprentissage

Niveau de langue
Contrairement aux préjugés que l’on pourrait peut-être avoir, le niveau de langage est majoritairement correct, mais le rythme de parole est souvent rapide et humoristique. Cependant, certains YouTubers, certainement pour rechercher la proximité, tombent dans la caricature avec un langage peu soutenu et même parfois grossier, un rythme trop rapide dont on peut se demander la raison (soucis de modernité, indifférence vis-à-vis d’un éventuel apprentissage, supposition de l’utilisation de la fonction "pause"...). Il est nécessaire de s’interroger sur un éventuel lien entre ce formatage et une recherche croissante du nombre de vues.

Angle
Ces chaînes parlent de thèmes restreints qui peuvent être bien traités, bien que certaines chaînes, sous couvert de thèmes apparemment scientifiques, se contentent de traiter des sujets tels que le test d’explosifs, la fabrication de matériaux particuliers (ex : balles rebondissantes) sous forme de « recette de cuisine en laboratoire », sans aucune explication ni méthode scientifique. Ce type de vidéos ne constituent pas une réelle source d’information scientifique, ne permettant aucune analyse du sujet traité et ne comportent dans la scénarisation aucun traitement didactique.
Les commentaires sont le plus souvent inintéressants en termes d’apprentissage}(limités à « j’aime, je n’aime pas », sans argumentation). Les rétroactions des commentaires (qui restent souvent basiques et non argumentés) vers les vidéos sont rares : quelques chaînes présentent des épisodes ou morceaux d’épisodes correspondant à des questions et/ou des remarques présentes dans les commentaires.

Statistiques affichées
Pour chaque vidéo, le nombre de vues va de quelques-unes à plusieurs centaines de milliers de vues. Une chaîne YouTube peut ainsi, avec l’ensemble des vidéos qu’elle propose, cumuler des millions de vues. Il est légitime de se poser la question de l’utilisation de ce type de média vue la portée potentielle qui y est associée. En effet, les chaînes comportant le plus d’abonnés ne sont pas forcément celles présentant les qualités scientifiques les plus performantes.
Le nombre de vue, même si il est très important, n’indique pas part de vues correspondant à un visionnage de la vidéo dans son intégralité ou a contrario les visionnages multiples (indispensables pour une réelle mémorisation à long terme).

Une sélection de quelques chaînes YouTube pour les SVT

Axolot Dans Ton Corps Datagueule Dirty Biology e-penser Les Bons Profs Science étonnante
Le plus beau Le plus concret Les plus belles infographies Le plus complet Le plus diversifié Le plus basique Le plus renseigné
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Une belle présentation qui soigne l’atmosphère propre à chaque vidéo Des réponses claires à des questions très terre-à-terre De belles infographies au service de thèmes scientifiques ou non Des vidéos rythmées et pleines d’humour qui savent aussi être précises au niveau scientifique De nombreux thèmes abordés au cours de vidéos plus longues que la moyenne Des vidéos très basiques mais conçues par des professeurs Des vidéos qui abordent des thèmes complexes mais basées sur des sources d’information référencées

Conclusion - Perspectives pédagogiques

Les YouTubers scientifiques constituent indéniablement un phénomène. Ils passionnent nombre de nos élèves, ils font partie de leur vie (de leur « écosystème »), ils proposent une nouvelle manière d’aborder la science, des entrées différentes, une rhétorique et un format particuliers, souvent captivants. Ils sont de qualité très hétérogène, ils posent questions,pour certains, en termes éducatifs. Ils façonnent aussi la manière dont les élèves s’attendent à recevoir les informations…

Saurons-nous tenir compte de ce phénomène ?

Dans un enseignement « par et pour » le numérique, qui tient compte du côté « pharmakon » du numérique (à la fois un poison et un remède), et de toutes les façons un élément structurant de l’écosystème dans lequel nous vivons, il convient de l’intégrer en lui ouvrant les portes de la classe :

  1. Tenir compte de ce qu’il apporte aux élèves et de ce qu’il induit en termes d’attentes mais aussi de besoins ;
  2. Aider à développer un esprit critique, à lire entre les « punchlines », à distinguer ce qui est de l’ordre de l’argumentaire scientifique de ce qui ne l’est pas, différencier l’exact de l’approximatif, le sensationnel de l’important ;
  3. Renforcer la littératie (les compétences) notamment chez les élèves les plus en difficulté pour que toutes et tous puissent profiter pleinement de ce qui est intéressant et que chacune et chacun puisse en conscience choisir de ne plus regarder quand cela ne le mérite pas (ou choisir de manière plus éclairée ce qu’ils ou elles ont réellement envie de suivre).

Pour cela, différentes pistes semblent envisageables :

  • Commenter très explicitement des vidéos pour aider tous les élèves à les décrypter ;
    - Intégrer des vidéos choisies de YouTubers dans les ressources mises à disposition pour les investigations ;
  • Inciter les élèves à utiliser dans leurs productions des vidéos de YouTubers en argumentant leurs choix et en analysant les sources ;
  • Inviter les élèves à annoter, évaluer, commenter, critiquer des vidéos ou à les recommander (donc provoquer une « redocumentarisation » des vidéos en demandant aux élèves de les indexer en fonction d’un usage précis avec un commentaire significatif) ;
  • Réaliser soi-même des vidéos façon « YouTuber » ;
  • Amener les élèves à produire des vidéos.

Vidéos analysées

Science étonnante, l’intolérance au lactose est-elle une maladie ?
E-penser : 4 ou 5 choses que vous ignorez sur la respiration !
Dans Ton Corps : Être sale, c’est bon pour la santé ?
Dirty Biology : Des races dans l’humanité ?
Les bons profs : Paramètres physiologiques variant au cours d’un effort.
Axolot : Freakshow
Dr Nozman - Draw my life : La planète terre !

 

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