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Sciences de la vie et de la Terre

Une mer sans requins !

01 / 09 / 2013 | Isabelle Lenfle

Les requins sont à la fois de solides supers prédateurs bien armés et des individus à la reproduction fragile.
Les requins sont presque tous vivipares , cela induit une maturité sexuelle tardive, une faible fécondité et une gestation longue.
Exemple : l’ aiguillat commun (Squalus acanthias) atteint sa maturité sexuelle aux alentours de 10 ans, sa longévité est d’environ 100 ans, son temps de gestation de 24 mois.

Les requins sont pêchés sans être visés, en même temps que les poissons pélagiques, ils représentent 1 à 2 % des prises.

Techniques de pêche :

Senne  : filet de 1,5 km de long, 250m de haut, 600m de diamètre une fois fermé. Destiné à capturer des bancs de thons entiers.

DCP  : dispositifs de concentration de poissons, aujourd’hui ils sont nombreux dans les mers et équipés de caméras prévenant les pêcheurs lorsque un nombre de poissons intéressant se trouve en dessous.

Palangres  : lignes de 100 km comportant des milliers d’hameçons appâtés.

Filets dérivants : désormais interdits en Europe, de plus de 100 m de long.

Pêche artisanale : la pêche est concentrée sur une étroite bande littorale. Le nombre de pêcheur peut finir par dépeupler cette bande littorale.

Pêche fantôme : les engins de pêche abandonnés et coulés qui restent malheureusement efficaces.

Pêche sportive : Après avoir pu poser des problèmes (disparition des espadons le long des côtes du Chili), les pêcheurs collaborent maintenant régulièrement avec des scientifiques pour marquer leurs prises et les remettre à l’eau.

Les chiffres :

Dans les années 50 : 300 000 t de requins pêchés.

En 2003 : 900 000 t .

Triplement en 50 ans.

Depuis 2003, déclin des prises.

Ce déclin, dû à la surpêche aurait du commencer dans les années 60. Le nombre de prises n’a pas baissé entre 1960 et 2000 car l’effort de pêche (nombre de bateaux, taille et efficacité des engins de pêche) a augmenté de 1960 à 2000.

Les lieux de pêche :

Taïwan beaucoup de requins sur les marchés, avec utilisation totale des carcasses.

Espagne important débarquement de requins dans les criées.

Ile d’Yeu : seul lieu de pêche ciblée d’un requin : le requin taupe (Isurus oxyrinchus).

La Chine ne révèle pas ses chiffres de pêche.

Le Japon a vendu ses flottes de pêche à la Corée qui ne donne pas ses chiffres de capture.

Si certains chiffres sont manquants, parmi les zones qui publient sérieusement leurs nombre de prises, l’Europe occupe le 2e rang mondial.

Utilisation des requins :

Les cartilages sont utilisés en pharmacopée, dont un médicament qui n’est plus remboursé par la sécurité sociale (chondrosulf). Il n’existe aucune étude sérieuse démontrant l’efficacité de ce médicament (d’où son déremboursement).

Galuchat  : cuir de raie, particulièrement à la mode dans les années 20.

Huile de foie : qui continent des vitamines et des squalènes. Les squalènes sont très utilisés dans les crèmes pour la peau. Aujourd’hui ils sont extraits des olives.

Ailerons  : en développement depuis les années 90, avec l’augmentation du pouvoir d’achat des asiatiques. La première soupe d’ailerons attestée a été préparée en 968 av JC pour un empereur chinois souhaitant épater ses invités en leur servant quelque chose de rare.

La mode des ailerons et leur rareté provoque l’envol des prix et développe la pêche illégale.

Pêche à Taïwan, Singapour et Hong Kong : officiellement 800 000 t/an, estimé : 1,6 millions de tonnes /an. Dont 400 000 t uniquement pour les ailerons.

Ceci représente une moyenne de 100 millions de requins par an (chiffre discutable car il dépend de la taille moyenne des requins considérés).

Les plus grandes zones productrices sont l’Indonésie et l’Europe (pas d’informations en provenance de Chine)

Lieux des prises :

Océan Atlantique (maintenant presque épuisé)

Océan Indien en plein développement.

Espèces pêchées :

Environ 60 espèces commerciales
Principalement : requin peau bleue (Prionace glauca), Aiguillat commun (Squalus acanthias).

Première étude montrant la chute de la ressource :

Baum et Myers 2003 :

Pêche des requins en Atlantique Nord Est : baisse de 60 à 90 % des prises (selon les espèces) en 25 ans.

Même étude en Méditerranée : Chute des prises et arrivée à des populations résiduelles.

Pourquoi protéger les requins ?

Les requins régulent les populations de poissons. Sans requins, il se produit un effet cascade sur toute la chaine alimentaire avec perte de biodiversité.

La modification des écosystèmes par surpêche provoque des apparitions de méduses et des blooms de phytoplancton. (Pauly 2001)

En Atlantique Ouest, une pêcherie de coquilles St Jacques a du fermer. La disparition des requins côtiers a provoqué une augmentation des populations de raies qui ont fait disparaître les coquilles et rendu la pêcherie non rentable.

En Namibie, l’écosystème ne produit plus que des blooms de phytoplancton. Dans ce cas l’écosystème ne peut plus retrouver son équilibre, les animaux mangeurs d’œufs de poisson étant trop nombreux. (voir aussi les bancs de Terre Neuve dont les populations de morue ne se restaurent pas, probablement à cause des poissons mangeurs d’œufs et des crabes qui ont remplacé les espèces précédentes).

En Mauritanie, les seuls animaux qu’il reste à pêcher sont les poulpes.

Madagascar  : les populations de tortues sont décimées par les papillomavirus par baisse du nombre de requins tigre.

Que faire ?

Les différentes instances internationales et leurs actions :

UICN  : publie la liste des espèces en danger.

22 espèces en danger critique : tous les poissons scies, les anges de mer.
41 espèces en danger : requins-marteaux, émissoles...

FAO  : plan d’action IPOA sharks. Pas d’effet notable.

CITES  : régulation du commerce. 4 espèces inscrites : grand blanc, requin baleine, requin pèlerin, tous les poissons scies. En 2013, 5 nouvelles espèces inscrites : requin taupe, longimanus, marteaux, raie manta.

CMS  : protection des espèces migratrices.

Des pêcheries certifiées se mettent progressivement en place. Pas encore en France.

Sanctuaires et aires protégées : Palau, Maldives, Bahamas. L’an dernier la Polynésie Française vient doubler la surface protégée (passe à de 1,5 à 3 % des océans)

Actions individuelles possibles :

B. Séret a fait remarquer dans son supermarché que la soupe aux ailerons de requin n’est pas écologiquement et éthiquement correcte, ce qui a provoqué sa disparition des rayons.

On peut également poser la question dans son magasin bio que le squalène en vente provient d’espèces menacées, ou vérifier qu’il provient bien de végétaux.

Des raisons d’espérer :

Les choses bougent et la conscience vient aux individus et aux pouvoirs publics. Il a fallu 10 ans de bataille pour inscrire le requin blanc sur la liste des espèces à protéger et les autres requins suivent plus vite.

Les matériels de pêche évoluent de façon à être plus spécifiques.

Des entreprises japonaises proposent un "surimi" d’aileron de requin reconstituant sa texture particulière (sans grand succès pour le moment).

Des campagnes chinoises d’information faites par des ONG demandent à ne pas servir de soupe d’ailerons de requins et les mentalités évoluent en Chine.

Les aires protégées se développent et peuvent devenir des lieux de reproduction privilégiées.

Cycle de conférence de l’institut océanographique "Requins, au delà du malentendu"

Bibliographie :

R. Calcagno, Requins, au delà du malentendu. Editions du Rocher
A. et A. Ferrari, Requins et raies du monde entier, Delachaux et Niestlé
B. Soury, Requins en liberté, Nathan

 

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