Sciences de la vie et de la Terre

Du trottoir aux tiroirs, une chasse aux indices géologiques !

28 / 09 / 2010 | Jacques Genty

Faute d’affleurement... pourquoi ne pas regarder tout de même ce qui est sous nos pieds : les trottoirs ! Et élargir notre regard à notre environnement familier quotidien : les « pierres » des murs des constructions d’un modeste pavillon ou d’un monument, mais aussi celles des devantures des boutiques ou d’un pont de chemin de fer. Mais il faut les regarder d’un œil neuf, curieux et interrogateur...

Attention, ce n’est pas de la « grande » géologie qui remplacerait une excursion dans les Alpes ou ailleurs ! Il s’agit de faire parler les « reliques » qui subsistent et d’abord de les trouver !

Enfin, il ne s’agit pas ici de fournir un exemple précis de sortie géologique « locale », mais de proposer quelques pistes et des outils permettant d’interroger ou de déchiffrer l’environnement local.
Les exemples fournis sont tirés de plusieurs communes urbanisées (en IdF surtout sur 94, 93 et 77), mais pour laisser le plaisir de découverte, les coordonnées ne sont volontairement pas précisées.

1- Sur le Terrain : Traquer les indices

1.1- Se promener dans le vieux centre des villes.

C’est souvent là qu’on trouve encore le plus d’indices... et pour commencer regardons les panneaux !

1.1.1- Recueillir les renseignements fournis par la toponymie

Rechercher les noms des rues ou des quartiers, sur les panneaux indicateurs, arrêts de bus, ou de façon plus originale sur le fronton de certaines maisons ou commerces :

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Exemples de ces noms évoquant :

  • Les lieux d’exploitation : rue des carrières, carriers, caves,
  • Les matériaux de construction : les plâtrières, les tuileries, sables ou sablons,
  • La végétation associée : Voie des « saules » ou la « saussaie », des « ormes », bruyères,
  • Le Nom des sources ou de fontaines, de mares : indication de zones humides ou d’anciennes sources à relier indirectement à un sous sol imperméable… donc argileux
  • Un relief : les monts ou « mons », la montagne, le plateau, le coteau, les « 100 marches »… (Ce travail peut être effectué en classe sur un plan, mais puis vérifié sur le terrain en concordance avec le relief, des vestiges de constructions, etc.)

Intérêt : amorcer l’enquête sur les roches autrefois exploitées ou affleurant très localement.

1.1.2- Bornage et altimétrie

Sur certaines « départementales » ou plus anciennement des « chemins de grande circulation », mais « en pleine ville » maintenant, on trouve encore quelques rares, mais anciennes bornes (taillées dans du calcaire) qui indiquent les directions et la distance jusqu’à la « ville ». Dans les meilleurs cas, on y voit encore le « médaillon » indiquant l’altitude. (Cela correspond aux « points cotés » sur les cartes « d’état-major ».)

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Borne (face)
Noter l’indication de direction et d’altitude
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borne « NGF »
NGF : Nivellement Général de France. Cette plaque indique l’altitude
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Borne (profil)
Noter la flèche indiquant la direction.

Intérêt :
se repérer dans l’espace, par rapport aux communes voisines, et
découvrir à quelle altitude on se trouve…

1.1.3- Trottoirs

Les actuelles bordures en béton n’ont pas grand-chose à « raconter ». Mais, dans certaines vieilles rues … on n’a pas encore mis les bordures de trottoirs aux « normes » :

Examinons les bordures, les pavages, les marches d’escalier pour découvrir calcaire, grès, puis granite…

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Marches d’escalier
En calcaire, remarquer l’usure des marches
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Bordure et Pavage
Bordure en grès, pavage en granite, asphalte (noir)
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Bouche d’égout
En granite, remarquer la cassure de la pierre.

Rien de tel qu’une grande sortie de parking pour offrir une variété de pavés... et une diversité de roches...

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Grès
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Grès rouge

Ces 2 derniers exemples révèlent aussi les difficultés et limites de l’exercice :

  • L’Identification complète n’est pas toujours possible... mais on pourra se contenter d’un nom « générique ».
  • l’origine de la roche reste souvent inconnue : cependant la distinction entre un pavage moderne et ancien pourra orienter vers une origine « locale » [1] ou au contraire lointaine [2] ...
Pavage ancienPavage moderne
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surface bosselée surface parfaitement lisse
joints irréguliers joints étroits et très réguliers

Intérêt : Le pavage des rues et des trottoirs permet des observations multiples sur la variété et les différents aspects qu’un seul échantillon en classe ne peut fournir… Par ailleurs, on pourra s’interroger sur le choix des pierres (dureté, disponibilité, proximité du point de production / extraction) et les techniques de taille actuelles ou anciennes.

1.1.4- Constructions

Les constructions anciennes fournissent nombre d’informations… sur les matériaux utilisés :

  • Les maisons et immeubles d’habitation : Leurs murs de construction peuvent être construits en moellon de calcaire, de meulière. Les murs des façades et les pignons peuvent être construits en matériaux différents ; Les pierres du soubassement différer de celles des étages. On pourra également observer les parements décoratifs, les pierres qui sont sculptées (et parfois portent le nom de l’architecte et l’année de construction) pour approcher le style de l’époque.
Pavillon en meulièreSoubassement de maison en calcaireConstruction en brique
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Meulière dorée, et dans les joints décoration de « caillous » de meulière rougeatre
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Moules externes et interne de cérithes
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briques claires, frise de briques et mosaïque de
céramiques décoratives
  • La couverture des toits peut également être source de questions sinon d’information : tuiles, ardoises.
  • Les vieux murs des propriétés peuvent également être construits en calcaire ou en meulière ou encore en briques. Il faut parfois distinguer le parement ou la protection du sommet du mur des pierres de remplissage. Qui penserait que ce vieux mur délabré referme des trésors… géologiques ?
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Vieux mur
les joints entre les pierres ont été refait au ciment gris
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Détail
De près, sur certaines pierres, on découvre des cérithes fossiles !
  • Les Monuments et édifices publics fournissent également de nombreuses informations. Châteaux, forts, églises, stèles ou statues, mais aussi gares, maisons d’écluse, piles des ponts, confortent les observations de variété des matériaux.
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Une Mairie
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Un « Chateau »
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Une Ecole « J. Ferry »
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Détail
Calcaire fin avec stratifications entrecroisées...
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Détail
Balustrades en calcaire ; Alternace de meulière ( rouge ou dorée) et de briques pour les piliers ; remplissage de moellons de meulières claires ou dorées.
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Détail
Des coquilles fossiles -non identifiables- apparaissent en saillie à la surface du calcaire.
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Une passerelle
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Un « Fort »
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Pont du RER
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Détail
Les piles du pont sont faites de calcaire et de meulière
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Détail
La meurtrière est encadrée de calcaire, le remplissage du mur est en meulière
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Détail
Ces « trous » dans les moellons de calcaires sont des fossiles !

Intérêt : L’architecture des années 1900 utilise des roches « locales » Calcaire, Meulière, Briques (fabriquées avec de l’argile). Bien sûr 3 types de roches c’est peu... mais pourquoi ne pas utiliser le côté redondant de ces observations pour exercer l’oeil ?

Les Cimetières fournissent également nombre d’exemples de roches variées…
Cependant, leur éventuelle visite doit s’accompagner – encore plus que pour les autres lieux- d’un comportement adapté…

Il peut être plus intéressant / moins risqué de demander à visiter l’atelier d’un marbrier funéraire à proximité

1.2- À la périphérie ou dans des zones en rénovation

Les observations sont plus difficiles ou différentes. À défaut d’observer des pierres de constructions « locales », il faut surveiller « les travaux en cours »

  • Tranchées et fondations :
    Il faut profiter des creusements de tranchées, fondations des maisons, immeubles...
    Intérêt : même si on ne voit pas les « vraies » couches du sous-sol, car — attention — il s’agit souvent de « remblais », on peut faire un exercice de stratigraphie et appliquer le principe de superposition ?
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Un « chantier »
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Une tranchée
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Les « couches » vues en coupe
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et leur interprétation
  • constructions de nouveaux « quartiers » ou aménagements « récents »
    Si globalement le « béton » progresse, certains aménagements ou des constructions récentes font appel à des matériaux « nobles » pour les pierres de parement.
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Seuil de boutique
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détail
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Parement de pont routier
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détail
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statue
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détail1
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détail 2
On peut observer les minéraux

1.3- Aux abords des fleuves, rivières, et canaux

C’est là qu’on perçoit encore souvent les dénivelés (matérialisés par des écluses) et le relief, les méandres et le travail de l’érosion...

Les abord des fleuves s’ils fournissent encore des données de même nature (celles des roches), concernent aussi une approche d’autres aspects de la géologie : érosion, transport sédimentation.

  • Observation des rives et talus.

Les berges peuvent être :

  • naturelles et permettre l’observation du « substrat » et de l’érosion ;
  • empierrés dans ce cas on pourra s’interroger sur l’intérêt de l’empierrement et rôle de l’érosion (et en particulier lors de navigation fréquente) ; présence de digues… etc.
    Il est à noter que certaines communes tentent actuellement de rétablir un environnement plus « naturel »...
  • Les ponts et maisons anciennes fournissent parfois des indications sur le niveau des crues.
  • de janvier à mars selon le niveau de l’eau, on peut parfois observer des phénomènes de sédimentation sur les berges.

Il est également possible d’y effectuer des études plus « écologiques » :

  • Étude de la qualité de l’eau
  • Étude de la végétation et de la faune. etc...

1.4- Parcs et jardins

Ils sont souvent créés à l’emplacement d’anciens parcs ou jardins « historiques », mais aussi plantés sur des lieux inconstructibles comme d’ anciennes carrières souterraines qui ne peuvent supporter les fondations des immeubles.

Une Implantation singulière :

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Dans un parc

Étonnant ! Des rails dans la prairie ! Une commune a su tirer parti du patrimoine géologique en laissant dans ce parc quelques vestiges d’exploitation des carrières locales !

C’est donc à de tels endroits qu’on peut encore (parfois, il faut être prudent !)

  • observer les relations entre Roche et sol et/ou sol et végétation
  • se poser la question de la roche en place !

Affleurement naturel ou pas ?

Un agréable lac dans un grand parc aux alentours de Paris et une « plage » entourée de rochers...

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« affleurement »

S’agit-il d’une plage naturelle ou artificielle ? La roche est elle en place ou d’origine exogène ?

Vraies roches ou « béton » ?

Il n’est pas toujours facile de trancher...

Les observations devront parfois être très poussées afin de trouver des arguments irréfutables.

Au final, il s’agit donc de collecter une somme d’informations apparemment parcellaires, mais souvent redondantes… . Les matériaux de construction en nombre limité permettent toutefois de dégager quelques caractéristiques des roches.

L’autre aspect de ce travail est de créer un état d’esprit, une attitude de recherche…
Qui sera complétée, corroborée par des études « documentaires »… qui peuvent commencer par une recherche au fond des tiroirs ! À suivre dans un prochain article !

[1terme à prendre avec circonspection : Si les pavés de grès provenaient de la région de Fontainebleau, les granites eux étaient originaires de Bretagne, du Sidobre, ou des Vosges !!

[2actuellement les pavages peuvent provenir du Cachemire, de Chine, d’Afrique du Sud etc...

 

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