Sciences de la vie et de la Terre

Excursion : Le gypse a la pêche à Montreuil

01 / 09 / 2013 | Laurent Cella

Montreuil, commune limitrophe de Paris, fortement industrialisée au 19e siècle et au début du 20e siècle, devient célèbre à partir du 17e siècle pour la culture de ses pêches de grande qualité, dans un terroir à priori inadapté, selon une technique dite des murs à pêches ou « à la Montreuil ». A une époque où les moyens de conservation et de transport étaient limités, cela permit au petit village de Montreuil de se faire connaître à la cour du roi à Versailles et même plus tard à Londres, Berlin et Saint-Pétersbourg. Or le développement des murs à pêches est parallèle à l’exploitation du gypse. La proximité des carrières montreuilloises et la rentabilité économique, ont incité les villageois à remplacer la culture traditionnelle de la vigne par celle des fruits et en particulier des pêches.
La géologie de la butte de Belleville sur laquelle se situe la commune est donc à l’origine de son histoire unique en banlieue parisienne. Son développement industriel, dans les secteurs de la porcelaine, du jouet, de la verrerie… est également lié, du moins au début, à l’exploitation du gypse.
L’itinéraire ici proposé permettra de retrouver les traces de cette exploitation des matériaux géologiques et de leur utilisation, au sein d’une zone fortement urbanisée, à quelques centaines de mètres du périphérique. Cette sortie sera également l’occasion d’observer, le travail d’érosion de l’eau ruisselant de la butte vers la Marne et la Seine, ainsi que, l’utilisation des roches locales dans les constructions : argile, calcaire, grès, meulière, silex… Elle est donc tout à fait adaptée au programme actuel de la classe de 5e.

 1- Accès

  • Depuis Paris : Métro ligne 9, station Robespierre.
  • Depuis la gare de Rosny RER E : bus 102, arrêt Danton.
  • Depuis la gare de Val de Fontenay RER A : bus 122, arrêt Saint-Just.

L’itinéraire décrit considèrera une arrivée depuis Paris. La visite commencera au parc Jean Moulin-les Guilands et se terminera aux murs à pêches dans le quartier Saint-Antoine. Pour les autres provenances, il faudra faire le parcours en sens inverse.

 2- Situation

Montreuil est situé sur la butte témoin de Belleville qui s’étend depuis Rosny-Sous-Bois à l’Est jusqu’au parc des buttes Chaumont, à Paris, à l’Ouest (voir figure 1). Comme les buttes voisines : plateau d’Avron et massif de l’Aulnay, la butte de Belleville a fourni durant des siècles le gypse nécessaire à la fabrication du plâtre de Paris de renommée mondiale. Les deux carrières principales, à Montreuil, se situaient à l’emplacement actuel de deux parc : le parc Jean-Moulin les Guilands et le parc des Beaumonts. Le dépôt de gypse dans la région est relativement important. Il constitue une lentille (voir figure 2) d’approximativement 50 km du Nord au Sud, entre Creil et Champigny et 110 km d’Ouest en Est, entre Meulan et Château-Thierry. [1] Plusieurs hypothèses permettent d’expliquer ce dépôt, elles sont développées dans l’article : « Le parc des coteaux d’Avron. Réhabilitation d’une carrière de gypse. ».

  • Figure 1 : Localisation de la butte de Belleville.
    Figure 1 : Localisation de la butte de Belleville.
  • Figure 2 : La lentille du dépôt du gypse.
    Figure 2 : La lentille du dépôt du gypse.

Il existait, avant l’urbanisation, un certain nombre de ruisseaux qui coulaient en direction de la Marne et de la Seine. Ils sont actuellement tous invisibles car canalisés sous terre et transformés en égouts. La carte de l’abbé de La Grive de 1740 feuille 1 et feuille 2, disponible sur le site : Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-Denis et le plan du terroir de Montreuil au Moyen-Age, disponible sur le site historic 93, permettent de retrouver leurs emplacements. En les repositionnant sur la carte géologique au 1/50 000, feuille Paris (voir figure 3), on constate que le ru Orgueilleux se situe dans le talweg de l’échancrure de Bagnolet (approximativement : rue S. Carnot, Av. Général de Gaulle, Av. Gallieni) et le ru de Montreuil dans le talweg de l’échancrure de Montreuil (approximativement : rue de Romainville, rue Franklin, rue du Capitaine Dreyfus, Av. Président Wilson). Le ru de Montreuil est donc à l’origine de la séparation des deux sites d’exploitation du gypse à Montreuil : le parc les Guilands-Jean Moulin à l’Ouest et le parc des Beaumonts à l’Est.

  • Figure 3 : Les anciens rus de Montreuil.
    Figure 3 : Les anciens rus de Montreuil.
  • Figure 4 : Coupe parc des Guilands-parc des Beaumonts.
    Figure 4 : Coupe parc des Guilands-parc des Beaumonts.

Le quartier des Ruffins, au Sud-Est, était drainé par un ruisseau fourchu qui se jetait dans le ru de Rosny qui lui-même se jetait dans la Marne. Sur la carte géologique on aperçoit une langue d’alluvions modernes (Fz) qui part de la Marne et se dirige vers les Ruffins, il s’agit incontestablement d’une trace laissée par ce cours d’eau aujourd’hui invisible.
Le ru de Montreuil ou ru de La Pissote (ancien nom de Vincennes) a été détourné très tôt pour alimenter le château royal de Vincennes et un étang à poissons qui deviendra l’actuel lac de Saint-Mandé. Il se jetait ensuite dans la Seine, à peu près au niveau du ministère de l’économie au pont de Bercy, comme le montre la carte de l’abbé de La Grive. Le ru qui alimentait Bercy s’est tari, cela ne présage rien de bon ! Il a cependant, lui aussi, laissé quelques traces, car il y a de fortes chances pour que ce soient ses alluvions en partie, le reste provenant de la Marne (alluvions anciennes Fx), qui recouvrent la couche e5b (Zone Il à Nummulites laevigatus du lutétien inférieur) dans Paris et Saint-Mandé.

 3- Itinéraire

3.1- Le travail de la porcelaine

Notre excursion débute à la station « Robespierre » sur la ligne de métro n° 9. En sortant, sur la gauche, au n° 152-156 rue de Paris, se trouve l’emplacement de l’ancienne usine de céramique de la société des poupées Jumeau, construite en 1882. Celle-ci fabriquait des poupées en utilisant divers matériaux, parmi lesquels la porcelaine, provenant de la cuisson du kaolin, permettait la réalisation des têtes et des mains (le plastique n’existait pas). La proximité des carrières et donc le savoir-faire des chaufourniers qui transformaient le gypse en plâtre, sont, sans doute, à l’origine du développement industriel de Montreuil dans le domaine, entre autres, des arts du feu : plâtre, briques, porcelaine, verrerie… Au début du 20e siècle, une dizaine d’ateliers de la commune, était spécialisée dans le travail de la porcelaine.

3.2- Plâtrière et briqueterie Morel

Remonter la rue de Paris jusqu’au n° 142. Nous nous trouvons ici à l’emplacement de l’ancienne plâtrière qui transformait le gypse extrait de la carrière Morel (devenue parc les Guilands-Jean Moulin), en plâtre. Seule subsistent aujourd’hui cette structure métallique et sa cheminée. Cet ensemble se trouvait au sein d’un site beaucoup plus important sur lequel était implanté vers 1900 : des fours pour déshydrater le gypse et le transformer en plâtre, 4 moulins pour broyer le plâtre, une bluterie pour le tamiser. La plâtrière était reliée à la carrière toute proche par une voie ferrée métrique. [2] Une briqueterie complétait le complexe, elle permettait la transformation des marnes extraites de la carrière en briques et poteries de cheminée. Celle-ci était équipée de 2 malaxeurs et d’une tailleuse de briques.

  • Figure 5 : La halle et la cheminée de l'usine de plâtre Morel et Letellier aujourd'hui.
    Figure 5 : La halle et la cheminée de l’usine de plâtre Morel et Letellier aujourd’hui.
  • Figure 6 : L'usine de plâtre Morel hier.
    Figure 6 : L’usine de plâtre Morel hier.

La reconstitution de la carrière sur le site lagazettedesormes.fr permet de se faire une idée plus précise. On peut également retrouver cette image, avec une qualité supérieure, dans le livre : « Il était une fois Montreuil » page 29, disponible à la bibliothèque de Montreuil. Le plan de la commune, extrait de l’Atlas communal du département de la Seine, consultable sur atlas-patrimoine93.fr, permet d’avoir le document source qui a permis cette reconstitution.

3.3- Les buttes à Morel

Nous nous dirigeons à présent vers l’ancienne carrière devenue parc départemental. Prendre à droite la rue Marcel Dufriche puis la rue Gutenberg. Tourner à gauche dans la rue des Sorins, puis tourner à droite dans la rue de la Fraternité. Après avoir traversé le Bd. Chanzy, prendre tout de suite à droite le sentier des Messiers.
Le passage par ce sentier permet de se rendre compte de la dénivellation (34 mètres par rapport aux immeubles situés au sommet) donc de l’épaisseur des strates qui ont été exploitées à ciel ouvert. En effet le sentier se situe à 77 mètres d’altitude donc au niveau du milieu de la première masse du gypse.

Cette carrière est attestée depuis le 17e siècle mais l’exploitation était artisanale, sans doute uniquement à ciel ouvert. En 1865, Auguste Morel, reçoit l’autorisation de la préfecture de l’exploiter de manière industrielle. Cette activité cessera en 1921 soit 56 ans plus tard. Le site restera inoccupé jusqu’en 1947, date à laquelle le terrain sera loué par François Morel (le fils) à l’association Motocycliste de la Seine qui y organisa des épreuves de moto-cross puis de stock-car. De nombreuses photos de cette époque sont publiées sur le site zhumoristique.over-blog.com. Cette seconde vie de la carrière cessa à son tour vers 1960. On commença alors à la remblayer, notamment avec les déblais liés à la construction de l’autoroute A3 toute proche. En 1970 fut créé le parc Jean-Moulin sur la partie située à Bagnolet, quant à la partie située à Montreuil, elle resta en friche jusqu’aux années 1980, date à laquelle débuta l’aménagement de la partie nord. Ce n’est qu’en 2001 que l’on commença les travaux d’aménagement de l’ensemble du site et que l’on décida de réunir les deux parcs. L’inauguration eu lieu en 2007 soit 86 ans après l’arrêt de l’exploitation du gypse. La réhabilitation a duré plus de temps que l’exploitation !

Figure 7 : Plan du parc des Guilands-Jean Moulin.
Figure 7 : Plan du parc des Guilands-Jean Moulin.

Trois masses de gypses étaient exploitées, dans l’ordre : 13m, 5m et 2,10m d’épaisseur ; la première masse (la moins profonde) à ciel ouvert puis à partir de 1875 en galeries afin d’atteindre la deuxième masse située en dessous. La troisième masse plus profonde et moins épaisse a été assez peu exploitée pour des raisons de rentabilité. Les marnes interstitielles et supragypseuses ainsi que la glaise verte (soit une épaisseur de 38m au total) alimentaient une briqueterie. La partie à ciel ouvert présentait l’aspect d’un gigantesque escargot. C’est cette structure qui sera ensuite utilisée pour les compétitions de motos et de voitures. Pour compléter l’histoire de l’exploitation géologique de Montreuil il faut signaler également les carrières artisanales de calcaire de Brie sur le Haut-Montreuil (couche g1b sur la carte géologique de Paris au 1/50 000) vendu sous l’appellation « travertin de Brie » (le travertin est un calcaire qui comporte des petites alvéoles) et les sablières alluvionnaires dans la partie Sud-Ouest du Bas-Montreuil (couche Fx déposée par le ru de Montreuil et la Marne). [3]

Figure 8 : La carrière Morel lors de son exploitation.
Figure 8 : La carrière Morel lors de son exploitation.

3.4- Le panorama

Prendre l’escalier de la cascadelle sur la gauche pour se rendre au sommet du parc. Arrivé en haut, prendre l’allée à droite et se diriger vers la petite butte d’observation située derrière l’étang. Noter au passage la présence de gros blocs de grès au bord de celui-ci, provenant sans doute des carrières de Fontainebleau.

Figure 9 : Les bloc de grès de l'étang du parc des Guilands-Jean Moulin.
Figure 9 : Les bloc de grès de l’étang du parc des Guilands-Jean Moulin.

Le panorama permet de se faire une idée du travail d’érosion de l’eau au cours du quaternaire. Certains éléments permettent de se repérer, ainsi de gauche à droite, dans l’ordre, on peut apercevoir :

  • L’antenne du fort de Rosny, à l’Est-Nord-Est (70°), lieu de résidence de Bison Futé. De là partent toutes les informations relatives aux conditions de circulation sur les routes de France.
  • Le parc des Beaumonts, à l’Est, signale l’autre bord du talweg principal qui traverse Montreuil.
  • La tour hertzienne de Chennevières, à l’Est-Sud-Est (120°), est située sur le plateau de Brie.
  • Le château d’eau de Saint-Maur, au Sud-Est, est situé dans la dernière boucle de la Marne.
  • Les deux cheminées de la centrale électrique de Vitry, au Sud, sont au bord de la Seine.
  • L’horizon, au Sud-Ouest, correspond au plateau de Beauce.
  • Figure 10 : Vue sur le parc des Beaumonts depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.
    Figure 10 : Vue sur le parc des Beaumonts depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.
  • Figure 11 : Vue sur la vallée de la Marne et le plateau de Brie depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.
    Figure 11 : Vue sur la vallée de la Marne et le plateau de Brie depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.
  • Figure 12 : Vue sur la vallée de la Seine et le plateau de Beauce depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.
    Figure 12 : Vue sur la vallée de la Seine et le plateau de Beauce depuis le parc des Guilands-Jean Moulin.

La vue vers Paris étant partiellement cachée depuis cette butte, il faut redescendre et revenir en arrière pour se diriger ensuite vers la partie du parc située du côté de la capitale, vers l’Ouest.

Outre les monuments parisiens : la tour Eiffel, la tour Montparnasse, le Panthéon sur la montagne Sainte-Geneviève… on repère à nouveau la centrale électrique de Vitry un peu à gauche du rocher (artificiel) du zoo de Vincennes. A l’horizon se dessine le plateau de Beauce. La concentration de 9 châteaux d’eau visibles par temps clair, sur la ligne d’horizon, au Sud-Sud-Ouest (210°), se situe à Villejuif, à proximité de l’institut Gustave Roussy, sur le plateau.

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Eventuellement, on peut se diriger vers la sculpture d’Ipousteguy, d’où l’on peut observer la pente de la butte de Belleville, descendant vers Paris.

3.5- L’hôtel de ville : la meulière et le calcaire (10-15 minutes à pied)

Sortir du parc par la porte donnant dans la rue Désiré Préaux puis se diriger vers l’hôtel de ville en empruntant successivement les rues : Mainguet, de la Beaune et Rabelais, toutes en légère pente descendante. Nous descendons vers le talweg du ru de Montreuil. Entrer dans le square où se trouve, devant l’entrée de la bibliothèque, un ancien immeuble abritant divers services municipaux. Celui-ci est entièrement construit en meulière caverneuse, roche très recherchée pour la construction à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Elle a été souvent exploitée en Brie (Provins et Melun) mais également dans l’Hurepoix et dans les massifs de Sannois, de Montmorency et de la Goële. La meulière de Brie des environs de la Ferté-sous-Jouarre, beaucoup plus compacte, a donné d’excellentes meules de moulin. [4] L’hôtel de ville qui jouxte le square, inauguré en 1935, est quant à lui en béton pour le gros œuvre avec parement en pierre de taille calcaire. Malheureusement, les archives municipales n’ont pas conservé d’informations sur sa nature ni sur sa provenance. Il ressemble cependant beaucoup au calcaire des statues du palais de Chaillot construit à la même époque. Il s’agirait donc d’un calcaire oolithique contenant des entroques et parfois des coquilles provenant d’une carrière du Poitou. [5]

3.6- L’église : le calcaire grossier et le grès (5-10 minutes à pied)

Prendre ensuite le Bd Paul-Vaillant-Couturier. Noter la présence de nombreux immeubles en briques notamment celui de 4 étages plus un rez-de-chaussée situé au n°8. La briqueterie Morel produisait 20 000 briques et 400 poteries de cheminée par an au début du 20e siècle. Ces tubes en terre cuite sont encore visibles au sommet des cheminées des immeubles anciens.
L’église Saint-Pierre-Saint-Paul date du 13e siècle pour ses parties les plus anciennes. Elle est construite en calcaire grossier. Quelques fossiles sont visibles sur certains blocs. Il s’agit de la roche de construction fondamentale de la région. Son extraction a dû débuter à Lutèce un peu avant l’occupation romaine. C’est surtout de la rive gauche (de la place d’Italie à Vaugirard) qu’on a extrait cette roche jusqu’au 14e siècle. Puis les centres d’exploitations se déplacèrent vers Sèvres, Saint-Cloud, Clamart, Bagneux, Ivry, Charenton, Saint Maurice, L’Isle-Adam. [6] Le guide géologique : "Paris et environs, éditeur Masson, fournit une petite carte indiquant l’emplacement des carrières de l’agglomération parisienne (pages 60 et 61).

Figure 14 : L'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Montreuil.
Figure 14 : L’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Montreuil.

Le square de l’église, dont l’entrée se trouve à droite, est situé à l’emplacement de l’ancien cimetière qui fut transféré un peu plus loin au début du 19e siècle. Il permet de voir l’utilisation d’une autre roche de la région : le grès, provenant le plus souvent des carrières de Fontainebleau, parfois de celles d’Orsay. Cette roche locale a été surtout utilisée pour la confection des pavés et des bordures de trottoirs, mais également, comme ici, pour la construction de murets et de marches d’escalier. A proximité de celui-ci se trouve un petit tunnel, fermé par une porte métallique, qui s’enfonce sous le jardin en pente. Sa fonction est inconnue, faute de documents, mais nous pouvons émettre quelques hypothèses. Nous sommes à une altitude de 80 mètres environ donc au niveau du toit de la première masse du gypse, on peut donc penser qu’il s’agit ici d’une ancienne carrière artisanale, créée après le transfert du cimetière. En effet, cela n’était pas rare dans les jardins du 19e siècle à Montreuil. La galerie étant maçonnée, on peut également imaginer que par la suite cette cavité ait pu servir pour la culture d’une autre spécialité montreuilloise : la barbe de capucin, qui était une salade d’hiver cultivée, à l’abri de la lumière et de l’extérieur. [7]

Figure 15 : La galerie du jardin de l'église.
Figure 15 : La galerie du jardin de l’église.

Le tribunal d’instance au 62 rue Franklin, juste à droite de l’église, a été construit en 1905 en pierres calcaires de deux types : le soubassement en calcaire oolithique et le haut à grains plus fins et contenant des coquilles. La toiture est en ardoise.

3.7- Les murs à pêches (15 à 20 minutes à pied).

Nous nous déplaçons maintenant vers les murs à pêches. Pour cela nous prenons : la rue Pépin à gauche de l’église.
Celle-ci est en forte pente ascendante, le talweg du ru de Montreuil situé au niveau de la place est bien visible car la rue de l’autre côté de celle-ci est également en légère pente. Le ruisseau descendait donc de la rue de Romainville, passait devant l’église et poursuivait son chemin dans la rue Franklin.
Au n° 25 de la rue Pépin, au fond de la cour, à gauche, on peut observer un ancien puits lié à la présence des couches supragypseuses imperméables qui recouvrent tout le Haut-Montreuil.

A l’angle de la rue de Rosny, sur la droite, aux n° 66-72 de celle-ci se trouvent quelques maisons traditionnelles d’horticulteurs. L’une d’elle possède encore le crochet où était accrochée la poulie qui permettait de hisser les fruits au grenier.
Prendre un petit bout de la rue de Rosny vers la gauche puis, sur la droite, la rue Pierre de Montreuil. On longe jusqu’au bout le mur du cimetière. A l’angle des rues Pierre de Montreuil et Saint-Just se trouve une maison de un étage plus un rez-de-chaussée dont la façade est entièrement recouverte de plâtre ce qui n’est pas commun.

Figure 16 : La maison en plâtre rue Pierre de Montreuil.
Figure 16 : La maison en plâtre rue Pierre de Montreuil.

Prendre la rue Saint-Just puis sur la droite l’impasse Gobétue. Au fond de celle-ci on peut voir les fameux murs à pêches. Certains ont été restaurés par l’association des murs à pêches (MAP) mais ils ne sont ouverts au public que le dimanche de 14h30 à 16h30. On peut prendre contact avec les responsables par l’intermédiaire de leur site pour un éventuel accueil personnalisé. Cependant on peut voir en toute liberté, une « costière » restaurée, c’est à dire un mur qui donne sur la voie publique (voir illustration dans le livre de la bibliothèque : « Il était une fois Montreuil » page 13), des murs non restaurés au pied des grands ensembles d’immeubles et par-dessus les portes, les jardins privés. Les murs en ruine permettent de voir la nature des roches utilisées.

  • Figure 17 : Une costière.
    Figure 17 : Une costière.
  • Figure 18 : Un mur à pêche restauré par l'association MAP.
    Figure 18 : Un mur à pêche restauré par l’association MAP.
  • Figure 19 : Un clos restauré par l'association MAP.
    Figure 19 : Un clos restauré par l’association MAP.

Ici s’achève notre excursion. Pour retourner vers Paris, il faut reprendre le métro à la mairie de Montreuil.
Pour de plus amples informations, on peut également visiter le jardin-école, créé en 1921 et le musée de celui-ci, un dimanche par mois, pour connaître les jours d’ouverture, consulter le calendrier en ligne. On y trouvera des murs restaurés et entretenus par l’association : Société Régionale de Montreuil, fondée en 1872, (SRHM) et un ensemble d’objets relatifs à la culture des pêches à Montreuil.

 4- La culture des pêches à Montreuil

4.1- Historique

La technique de la culture sur les murs a été introduite au début du 17e siècle. Celle-ci s’est développée au 18e siècle sur les pentes autour de l’église mais la vigne resta la production essentielle. C’est au 19e siècle que la culture des pêches pend le dessus. Ces fruits de luxe sont vendus sur les marchés parisiens puis étrangers dans la deuxième moitié du siècle. Montreuil approvisionne même les cours impériales de Viennes et Saint-Pétersbourg. Le chemin de fer aura raison de cette activité qui disparaitra dans les années 1930, après s’être reconvertie dans la culture des poiriers et des pommiers. [8]

Figure 20 : Les murs à pêche et la carrière au fond.
Figure 20 : Les murs à pêche et la carrière au fond.

4.2- Structure des murs à pêches

Le système de culture « à la Montreuil », repose sur le principe selon lequel les murs recouverts de plâtre emmagasinent la chaleur du soleil le jour et la restituent la nuit gardant ainsi une température minimale de 10°C à proximité des fruits. Pour réduire les coûts, les murs sont construits avec des matériaux provenant des carrières voisines : silex, chaille (silex de qualité médiocre), blocs de gypse brut, plâtre et argile mais également des matériaux de réemploi : gravats de plâtre, pavés de grès, mâchefer, terre cuite… Le silex et les chailles proviennent de la strate g1b : calcaire de Brie sannoisien. En effet la notice de la carte géologique précise que « souvent d’énormes blocs de silex apparaissent dans les bancs calcaires ». Les murs ont une élévation moyenne de 2,70m pour une épaisseur de 50cm. Tous les 80cm de hauteur, du plâtre est étalé horizontalement ce qui constitue un chaînage efficace pour maintenir les pierres empilées. Ils sont ensuite couverts d’un chaperon également en plâtre (parfois en tuiles) formant un petit toit pour les protéger des intempéries. Enfin, ils sont recouverts de chaque côté d’un enduit de plâtre de 3,5cm d’épaisseur.

Figure 21 : Coupe d'un mur à pêches.
Figure 21 : Coupe d’un mur à pêches.

Le plâtre ici a deux avantages :
Il emmagasine très bien la chaleur pour la restituer aux plantes.
Il permet d’y planter aisément des clous pour palisser les pêchers avec des morceaux de tissus appelés « loques » permettant de ne pas blesser la branche. D’après le centre d’archéologie du Conseil Général de la Seine Saint-Denis, la présence de produits calcinés dans le plâtre semble indiquer que les maçons montreuillois préféraient bien souvent récupérer les blocs de gypse pour les cuire eux-mêmes sur le terrain puis les broyer pour les transformer en plâtre afin de réduire encore plus les coûts.
La zone centrale du clos était consacrée à d’autres cultures fruitières, maraichères et florales. Les couches supragypseuses déjà évoquées permettaient à chaque propriétaire d’avoir un puits dont il se servait pour irriguer ses cultures. Toujours dans un souci d’économie, très souvent le puits était mitoyen et inséré dans l’un des murs.

 5- Conclusion

Il semble probable que si les cultivateurs de Montreuil n’avaient pas pu disposer à moindre coût de tous ces matériaux, ils n’auraient pas songé à bâtir les 600km de murs qui ont recouvert jusqu’à 500ha, soit plus de la moitié de la commune, à la fin du 19e siècle, produisant ainsi 15 millions de pêches par an dès 1825. Aujourd’hui il ne reste de ce patrimoine que 37ha soit 13km de murs dont seuls 500m sont restaurés. Le béton aura sans doute également raison d’eux, dépêchez-vous d’aller voir cette curiosité de la ceinture parisienne !

[1C. Pomerol et L. Feugueur (1986) - Guides Géologiques Régionaux : Bassin de Paris, 3e édition, Masson éditeur Paris, page 23.

[3Plan de prévention des risques mouvements de terrain de Montreuil-sous-Bois, arrêté préfectoral du 22 avril 2011, page 9.

[4Soyer R.et Cailleux A. (1960) - Géologie de la Région parisienne, collection : Que sais-je ? , PUF éditeur Paris, pages 94 et 97.

[5C. Pomerol (1992) - Terroirs et monuments de France, BRGM éditeur Orléans, page 118.

[6R. Soyer et A. Cailleux(1960) - Géologie de la région parisienne, Collection : Que sais-je ?, PUF éditeur Paris, page 94.

[7Propositions de René Richard de l’association : sauvegardons Saint-Pierre-Saint-Paul.

[8Arlette Auduc (1999) - Montreuil patrimoine horticole Seine Saint-Denis, collection : Itinéraires du patrimoine, Inventaire général (ADAGP) et Victor Stanne éditeurs, pages 5, 6, 17 et 34.

 

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