Sciences de la vie et de la Terre

Le monde perdu

01 / 02 / 2013 | Liliane Grandmougin

Les causes à l’origine de la disparition des dinosaures ont fait couler beaucoup d’encre. Mais qu’est-ce qui a permis leur expansion ? Pour les géologues Paul Olsen et Dennis Kent, la solution se trouve peut-être au Pays de Galles et en France, à Rochechouart.

Tout en maudissant le climat pluvieux, les géologues qui travaillent sur ce projet ont dû patauger dans la boue le long d’une falaise au sud de Cardiff. Là, ils espéraient trouver des traces d’un impact météoritique vieux de 200 millions d’années qui, tel celui de Chicxulub, il y a 65 millions d’années, à été à l’origine d’ extinctions massives sur toute la planète. Cet événement aurait marqué la fin du Trias et ses faune et flore, laissant place au Jurassique, « l’âge d’or » des dinosaures au corps gigantesque.

Il est certain qu’un phénomène brutal s’est produit car les archives géologiques voient soudain disparaître la moitié des genres vivants, en quelques centaines d’années. Dans les mers, 20% des familles se volatilisent, dont une classe bien représentée : les conodontes. Sur terre, l’hécatombe est encore plus marquée, c’est l’une des plus terribles que la planète ait connue mais aussi la moins bien comprise. Tout ce que l’on peut dire, c’est que quelque chose s’est produit, et à une vitesse foudroyante.

Jusque là, les théories étaient plutôt en faveur d’une forte activité volcanique associée à la dislocation d’un vaste super-continent : la Pangée. La série d’éruptions a alors formé entre les fractures une immense étendue de roches volcaniques appelée CAMP (province magmatique centre-atlantique). Pour donner une petite idée de l’ampleur du phénomène, on peut prendre comme référence l’éruption du volcan Laki en Islande, en 1783 : le rejet massif de gaz sulfureux a refroidi la planète et a provoqué la chute des récoltes, suivie une grande famine, responsable de la mort d’au moins 6 millions de personnes. Les laves déversées ont formé environ 15 kilomètres cubes de basaltes. Alors que penser des 2 millions de km3 ou plus des CAMP ! Non seulement les séries d’éruptions refroidirent par épisodes le climat par les rejets sulfureux, mais le réchauffèrent par des émissions massives de dioxyde de carbone et méthane. Les océans s’acidifiérent, certaines zones devenant anoxiques, tandis que sur terre, les nombreux éclairs déclenchaient de gigantesques incendies sur les étendues asséchées. La plupart des espèces présentes ne purent tout simplement pas faire face à cette succession de catastrophes.

Mais tout comme la limite Crétacé-Tertiaire a été témoin d’éruptions terribles (à l’origine des Trapps du Deccan, en Inde), cela n’explique pas la vitesse brutale des extinctions à la fin du Trias. Les éruptions se sont déroulées sur plusieurs centaines, voire milliers d’années, alors que les extinctions ont été plus rapides. Il y a également l’énigme du « pic de fougères » : dans les sédiments fin triasiques aux États-Unis, on trouve de vastes quantités de spores de fougères fossilisées, datées d’avant la CAMP aux USA, ou pendant la CAMP ailleurs, mais avec la marge d’erreur associée aux datations. Or les fougères sont généralement les premières plantes à apparaître après une catastrophe naturelle, entre autres parce qu’elles résistent assez bien à une faible luminosité. D’où la nécessité pour les deux géologues d’affiner les datations en étudiant les couches de cette période, ce qui les a conduits de la Caroline du Nord à la Nouvelle-Écosse, en passant par la Chine, le Canada et l’Allemagne, l’Autriche, l’Atlas au Maroc et enfin le Pays de Galles.

L’idée d ’un impact météoritique est redevenu d’actualité quand,l’an dernier, des chercheurs français et allemands ont revu la datation d’un cratère très érodé : celui de Rochechouart dans le centre de la France. Celui-ci avait été daté aux environs de 214 millions d’années, bien avant les extinctions triasiques. Mais l’âge à été ré-évalué à 199-203 millions d’années, ce qui correspondrait aux extinctions d’il y a 201,4 millions d’années. L’onde de choc causée par l’impact pourrait aussi expliquer les mystérieuses rides et perturbations que l’on trouve dans les argiles et schistes de l’ouest britannique de la fin du Trias. Ce sont ces petits grains de sables, irréguliers, nichés dans les craquelures, que traquaient nos deux géologues sous le crachin persistant.

Pourtant, des voies s’élèvent contre cette idée. En effet, si la météorite, estimée à deux kilomètres de diamètre, à bien heurté la Terre à une vitesse de 25km/s, produisant un cratère de 40 à 50km de diamètre et un tremblement de terre d’une magnitude inférieure aux 11,5 estimés auparavant, mais équivalents à l’explosion d’un million de mégatonnes de TNT, cela n’a rien de comparable avec celle de Chicxulub, météorite de 10km de diamètre, à l’origine- il y a 65 millions d’années- d’un cratère de 180km de diamètre ! Elle n’aurait pu avoir le même impact environnemental, tout au plus déclencher des tornades et nuages de débris sur plus de 600km.

Seules les signatures d’éléments chimiques typiques des astéroïdes, présents dans les roches de la limite Trias-Jurassique, comme les isotopes du chrome ou l’iridium, pourraient confirmer non pas un mais plusieurs impacts, la météorite de Rochechouart n’étant peut-être qu’un fragment d’un astéroïde plus vaste, morcelé, dont la chute des multiples fragments aurait sévèrement fragilisé les écosystèmes, achevés par les éruptions massives lors de la dislocation de la Pangée. Les niches écologiques libérées auraient ainsi favorisé le développement des fameux dinosaures...jusqu’à la catastrophe suivante !

L.G d’après Nature -vol.479- 17 Novembre 2011.

 

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