Sciences de la vie et de la Terre

Melioïdose

24 / 06 / 2005 | Liliane Grandmougin

Chaque année, dans un hôpital du nord-est de la Thaïlande, un tueur redoutable tue une centaine de personnes, sans être inquiété, depuis des décennies. Son nom : Burkholderia pseudomallei. C’est l’agent de la melioïdose, un nom longtemps ignoré jusqu’à la récente psychose du bioterrorisme.

Melioïdose, késako ? Non pas un groupuscule extrémiste, mais une maladie tropicale dont l’identification est difficile, les victimes présentant des symptômes de diverses maladies. Elle se manifeste surtout chez les personnes travaillant dans les rizières, à la saison des pluies ; parfois latente, elle peut tuer en moins de 48 heures lorsqu’elle est déclarée. La bactérie responsable, B.pseudomallei, vit souvent dans les sols humides, riches en matière organique en décomposition, et peut parasiter des amibes ou des tissus humains. Elle s’est révélée d’une résistance à toute épreuve. Un vétéran américain du Vietnam, probablement contaminé pendant la guerre en respirant des aérosols infectés brassés par les hélicoptères, a contracté la maladie 26 ans après. Vanaporn Wuthiekanun, spécialiste de la bactérie de l’Université de Bangkok, en conserve des échantillons dans l’eau distillée, toujours actifs depuis dix ans. Enfin, le plus terrible est que le pathogène résiste à la plupart des antibiotiques.

On sait peu de choses sur B.pseudomallei ; elle est endémique dans plusieurs régions d’Asie, mais absente dans d’autres, comme le centre de la Thaïlande, où elle est remplacée par l’inoffensive B.thailandensis, sans qu’on puisse l’expliquer. Les scientifiques penchent pour un problème de sélection darwinienne, liée à la nature du sol. En effet, la résistance aux antibiotiques pourrait résulter d’une compétition entre les micro-organismes qui les secrètent, dont la bactérie serait sortie gagnante dans certains milieux. D’autres obstacles à l’étude du pathogène : les conflits qui ont jalonné l’Histoire de l’Asie. Au Cambodge, les prélèvements et surveillance des sols sont fortement freinés par la crainte des mines.

Longtemps, la melioïdose est restée parmi les maladies rares, peu intéressantes pour les grands laboratoires pharmaceutiques. Les quelques antibiotiques efficaces utilisés en Thaïlande, comme la ceftazidime, qui diminue les décès de moitié, sont coûteux (100 UDS par patient et parjour), donc difficilement envisageables pour les pays pauvres. En Australie, où la maladie sévit dans la région nord, les patients bénéficient d’un autre traitement qui stimule le système immunitaire (GCSF- granulocyte colony-stimulating factor) ; il permet d’abaisser la mortalité à moins de 20%. Mais là, contrairement aux régions touchées en Thaïlande, les malades sont efficacement pris en charge et non entassés dans les couloirs ou sur les balcons, faute de moyens.

Les chercheurs asiatiques ont eu récemment un allié inattendu : le NIAID (Institut National américain des Allergies et Maladies Infectieuses). Non que la maladie sévisse au Etats-Unis, mais le programme de lutte contre le bioterrorisme a réveillé l’intérêt des autorités pour le microbe. Il y a en effet une proche parenté entre B.pseudomallei et B. mallei, bactérie mortelle pour les équidés (c’est l’agent de la « morve »), utilisée pendant la première guerre mondiale par les troupes allemandes pour tenter de décimer les chevaux et mules de l’armée russe. Depuis un an, les résultats sont édifiants : des fonds pour la recherche sur ces bactéries sont miraculeusement apparus et leur génome complet a été publié. On a ainsi découvert que B. mallei a évolué directement de B.pseudomallei en perdant quelques gènes au passage. Précieux renseignement ...depuis, un vaccin contre la morve est à l’essai chez les chevaux ; il pourrait être également efficace chez l’Homme.
Rien de tel que le bioterrorisme pour doper la recherche ?

L.G

D’après Peter Aldhous pour Nature- vol.434- 7 Avril 2005.

 

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