Sciences de la vie et de la Terre

#tweeteTsvt : une utilisation de Twitter en TP de SVT

22 / 06 / 2015 | Laurent Économidès

Faire publier des élèves sur Twitter en TP de SVT a un double objectif : faciliter l’acquisition de compétences disciplinaires (notamment en changeant le rapport au réel observé en classe, en mettant les élèves en situation de créateurs de contenu scientifique), mais aussi participer à l’acquisition d’une culture numérique et développer leur esprit critique. Le travail autour du hashtag #tweeteTsvt a été initié en 2014 dans le cadre des TraAM.

 Pourquoi faire publier les élèves en ligne ?

Depuis plusieurs années, nos élèves utilisent quotidiennement les médias sociaux [1] comme outil et souvent aussi comme source (unique) d’information. L’Éducation aux Médias et à l’Information (intégrée au B2i lycée depuis 2013 [2]) a pour objectif de donner aux élèves les outils pour devenir “des acteurs éclairés du monde numérique” [3].

Ainsi, les attitudes qui sont travaillées lors d’activités où les élèves publient sur un réseau social sont :

  • Avoir des interactions publiques dans un espace public. Cela sous-entend une réflexion sur le périmètre de la vie privée numérique (contraintes juridiques liées à l’anonymat et à la liberté d’expression, spécificités des CGU des plates-formes utilisées, propriété intellectuelle...).
  • Comprendre la différence entre une opinion, une information, une connaissance en participant à la construction du savoir ou la construction de l’information.
  • Apprendre à utiliser l’intelligence collective pour construire des connaissances. Cela nécessite une réflexion critique sur ses propres publications et celles des autres, tant sur le contenu scientifique, que sur le respect des codes propres au réseau.

 Pourquoi utiliser Twitter ? (et pas un autre média social)

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  • C’est un moment privilégié de création d’identité numérique avec son professeur. Au lycée, très peu d’élèves utilisent Twitter (moins de 10 % des élèves de Seconde, et 20 % des élèves de Terminale [4]). Dans ce cas, il est nécessaire de prendre du temps, avant de commencer tout travail, pour que les élèves créent un compte Twitter. Quel pseudo utiliser ? Doit-on mettre son vrai nom ? Qu’est-ce que cet “anonymat” permet de faire, ou de ne pas faire ? De même, pour les élèves qui possèdent déjà un compte “perso”, quelle doit-être la différence avec le compte “pro” ?

Monsieur, je ne comprends pas pourquoi vous ne voulez pas de notre pseudo ! On a mis « élève » pour montrer que c’est un compte pour travailler et les initiales de nos deux prénoms, comme vous avez proposé. « @eleve_SS » c’est très bien, non ? (Samy et Sabrina, élèves de Seconde)

En effet, beaucoup d’élèves de Seconde ont créé un compte par binôme. Un moment d’échange important dans la création de son identité numérique publique, où le rôle du professeur est indispensable.

  • Twitter permet une publication individuelle, soumise à l’évaluation des pairs Contrairement au blog scientifique, journal, webradio, etc. où la publication est obligatoirement co-construite et validée collégialement, le tweet est personnel, et public. Cela a pour conséquence de mettre une forte responsabilité sur l’élève (ou le binôme) quand il publie : il publie devant ses camarades, souvent pour eux, et ces derniers (dans le cadre d’un travail collaboratif) dépendent de ce travail. En 2015, les lycéens subissent ces exigences de manière très forte, et réfléchissent beaucoup plus au contenu et à la forme de leur travail (par rapport à une trace écrite “papier” qui reste dans leur classeur) dans la mesure où ils sont en permanence jugés par leurs pairs.
  • Twitter limite les publications à 140 caractères La spécificité de Twitter est d’être un site de micro-blogging, dont la longueur des publications est limitée à 140 caractères (moins lorsque l’on insère un lien ou une image). Cette contrainte d’écriture oblige à organiser sa pensée, à condenser au maximum les idées. Un tweet met en lumière une idée, relaie une information, mais il n’est pas suffisant pour structurer un concept, par exemple. Avec Twitter, on n’est ni dans un compte-rendu de TP, ni dans une trace écrite complète et construite, ni même dans une argumentation : on peut juste publier des petites granules de connaissances créées par les élèves à des moments donnés et qui pourront être réutilisées par la suite pour apprendre et réviser.

L’activité « tweeter en classe » n’est pas une fin en soi. Il faut du temps pour expliciter l’usage et donner du sens à cette action avec les élèves. D’un usage anecdotique au début, il faut plusieurs semaines pour qu’ils s’approprient vraiment l’outil et en perçoivent l’enjeu.

 Tweeter pour produire du savoir, se souvenir d’un objet réel, ou d’une idée

Pourquoi tweeter en classe ?
La manière la plus simple est de commencer par tweeter un message collégial, avec un compte de classe. Dans ce cas, on tweete en fin de séance, en fin de phases d’action, pour synthétiser ses idées et les faire partager.
Si le tweet est individuel, on peut aussi tweeter à tout moment de la séance. Par exemple, un élève pose une question sur un document qu’il n’a pas compris, ou un concept qu’il n’arrive pas à articuler avec le reste de l’activité. L’enseignant lui donne une mission particulière : publier un compte-rendu de ce moment de réflexion, même incomplète, pour s’en souvenir. C’est un instantané de la réflexion en cours, qui permet un vrai travail de métacognition à la fin de la séance.
Le tweet peut aussi être une production en tant que telle : pour garder une trace d’un objet réel (échantillon biologique ou géologique, carte...), on peut tweeter une photographie, augmentée avec du contenu scientifique précis.

 Tweeter pour inclure les élèves dans un réseau de créateurs

Qu'est-ce qu'un bon tweet scientifique ?
Comprendre l’intérêt du travail en réseau n’est pas une évidence pour les élèves. C’est un travail de plusieurs semaines, qui passe par plusieurs étapes :

  1. Je suis producteur de savoir pour moi-même (ce que j’ai retenu)
  2. Je suis producteur de savoir pour les autres (je réfléchis à l’intérêt de ma publication pour les autres, en comparaison à celle des autres, et j’en adapte la forme, en respectant les codes propres à Twitter)
  3. J’utilise les productions des autres pour construire du savoir, en réseau (en faisant un compte-rendu avec Storify, par exemple).
  4. Je tiens compte de la nature et de la qualité des publications existantes pour choisir ce que je vais publier.

Les deux premiers stades sont incontournables, mais tant que les élèves n’ont pas été mis en situation d’utiliser les publications des autres pour créer, ils n’en ont pas conscience. Ces deux premières étapes sont peu intéressantes, puisque cela revient souvent à “respecter des consignes” : le professeur a dit qu’on devait publier avec le #tweeteTsvt, ça va servir à quelque chose par la suite, mais on ne sait pas quoi ni comment.

C’est seulement au troisième stade que l’élève perçoit ses publications comme faisant partie d’un réseau qui utilise l’intelligence collective pour créer du savoir. Le moyen le plus simple est de demander aux élèves d’utiliser le contenu publié durant la séance pour - de retour chez eux - réaliser un compte-rendu, par exemple avec Storify [5]. Dans ce cas, chaque élève doit créer son propre compte-rendu à partir des tweets des autres élèves. Pour comprendre cette dimension “réseau”, on fait appel à une compétence de recherche documentaire de moins en moins travaillée avec l’effet “Google” (recherche plein texte) : choisir les bons mots-clefs pour extraire un signal d’un bruit.
Avant de tweeter : bien choisir ses mots-clefs
Prenons le cas d’un élève de Terminale qui fait un compte-rendu du TP « Immunodiffusion sur gel ». Dans le moteur de recherche de Twitter ou de Storify, une recherche #tweeteTsvt donne beaucoup trop de résultats (bruit). Si l’élève précise avec #immunodiffusion, il n’obtient aucun résultat (silence). Le processus intellectuel, complexe, mis en jeu ici oblige l’élève à se demander :

Si j’ai du « bruit » : Quels sont les hashtags [6] exacts qu’ont utilisé mes camarades pour tweeter leurs ressources ? Le but : restreindre le nombre de résultats et augmenter leur pertinence.
Si j’ai du « silence » : Quel hashtag aurais-je utilisé à la place de mes camarades si j’avais eu à publier une ressource sur le sujet qui m’intéresse ? Le but : augmenter le nombre de résultats pertinents.

La réflexion sur les mots-clefs de recherche permet donc de comprendre que l’on fait partie d’un réseau comme créateur, et que la précision de la publication a une influence directe sur son utilité pour les autres. De surcroît, elle permet une réflexion sur les mots-clefs qu’il est quasiment impossible de travailler avec les grands moteurs de recherche comme Google ou Bing, qui donnent toujours une réponse, même peu pertinente.

 Tweeter pour apprendre à apprendre par les autres

La création de comptes Twitter par les élèves leur permet aussi de se constituer un réseau. C’est en effet l’occasion de se constituer une veille documentaire scientifique (ou non), et d’être en position de receveur des contenus publiés par les comptes suivis (autres élèves, enseignants, comptes institutionnels).

Monsieur, je vous ai follow et vous ne m’avez pas follow back, ce n’est pas gentil. (Chanez, Terminale S)

Ici, les codes des interactions sociales (politesse de suivre en retour) ne s’appliquent pas. Il a donc fallu expliquer à l’élève que les échanges étaient asymétriques [7]. Si j’ai abonné le compte de la classe à son compte Twitter, cela a un sens (pour l’évaluer, valoriser ses publications), mais à titre personnel, elle ne fait pas parties des comptes qui m’intéressent pour ma veille scientifique. Cela dit, les interactions entre élèves, entre élèves et enseignants, et entre lycées pourraient être davantage travaillés à l’avenir.

 Retours d’usages : écueils rencontrés

Tant que l’utilisation reste anecdotique, peu d’écueils vraiment gênants se présentent. Mais lorsque l’on étend le dispositif à tous les élèves sur plusieurs classes, on découvre quelques obstacles (particulièrement visibles en Seconde).

  • Lors de la création des comptes Twitter par les élèves :
    • Il existe un “embargo” de 6 à 48h imposé par Twitter sur tous les nouveaux comptes. Ainsi, aucune publication ne s’affiche publiquement avant ce délai. Pourtant le nouvel utilisateur voir ses tweets apparaître dans son fil, mais en réalité, ils ne sont pas visibles par les autres. Un moyen d’y remédier est de faire systématiquement mentionner le compte de la classe (eg. @SugerSVT) dans les tweets de la première séance, et de les retweeter avec.
    • Il existe des limites de création de comptes par une même machine dans un temps donné. Ainsi, si on enchaîne deux ou trois séances dans la même journée où les élèves créent des comptes sur les ordinateurs du lycée, ils peuvent rapidement être bloqués car considérés comme des robots.
    • Beaucoup d’élèves de Seconde n’ont pas d’adresse électronique fonctionnelle. Sans un travail en amont sur cet autre volant de la vie numérique, la création de comptes Twitter devient très longue.
  • Lors de l’utilisation des comptes Twitter en classe :
    • Se souvenir d’un mot de passe d’une semaine à l’autre est une compétence excessivement difficile en Seconde (jusqu’à 75 % d’oublis dans certaines classes). À moins de n’utiliser que les terminaux mobiles des élèves, savoir choisir, archiver en toute sécurité, et réutiliser un mot de passe fait partie de l’éducation à la construction d’une identité numérique. Et cela prend du temps.
    • Le “mur de tweets” vidéoprojeté est un élément central de l’auto-régulation de la séance. En cas de dysfonctionnement (liée à l’embargo sur les nouveaux comptes, par exemple), même les élèves qui tweetent sérieusement finissent par se sentir exclus du travail collégial, et peuvent se mettre à faire n’importe quoi.
  • Lors de l’utilisation de Twitter avec les appareils mobiles des élèves :
    • Très peu d’élèves (environ 20 %) possèdent un forfait de données mobiles associé à leur téléphone. Pour y remédier, plusieurs possibilités : demander (à l’avance) de télécharger et d’installer les applications en wifi depuis chez eux, utiliser en classe un spot wifi dédié (téléphone de l’enseignant en mode 3G, routeur “ouvert” relié au réseau pédagogique…). Il n’existe pas encore de réponse institutionnelle permettant de massifier l’utilisation du Wifi dans les établissements scolaires, mais des solutions locales peuvent fonctionner.
    • Un nombre significatif d’élèves utilise des terminaux mobiles très bas de gamme, avec 4 Go de données (vu une quinzaine de fois sur 160 élèves de Seconde). Une fois le système d’exploitation en marche et quelques applications installées, ces terminaux sont proprement inutilisables pour autre chose que du web et de la téléphonie, faute de place : impossible de faire des photos, par exemple.

 Tablette vs. Smartphones : « To BYOD or nor to BYOD, that is the question »

Après 6 mois de tests dans des classes de Seconde et de Terminale, on peut constater que le BYOD [8], aussi séduisant qu’il puisse être (notamment sur l’aspect intime, personnel, et donc appropriation) exclut un nombre non négligeable d’élèves : pas de smartphones (10 à 15 %, selon les classes), des smartphones trop bas de gamme pour être utilisables (10%, dans l’ordre : écrans trop petits, APN de mauvaise qualité, espace disque indigent), et pas de réseau mobile (plus de 50 %). En gros, dans chaque groupe de 16 élèves, on a au maximum 4 ou 5 appareils parfaitement utilisables de manière autonome.
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On peut donc difficilement concevoir le BYOD sans une réponse complémentaire de l’institution. Une sorte de partenariat AVAN / EUAN (Empruntez Un Appareil Numérique).

Pour une classe, 4 tablettes [9] sont largement suffisantes pour permettre à tous les élèves de travailler. Les avantages sont les suivants :

  • écran plus grand (peut permettre de travailler à plusieurs)
  • aucun problème de paramétrage ni d’accès au réseau (l’accès au réseau wifi du lycée est permanent, fiable, et sécurisé par WPA et filtrage par MAC)
  • les applis sont installées en amont par l’enseignant, toujours mises à jour et fonctionnelles
  • on peut utiliser un compte Twitter “anonyme” pré-installé sur la tablette, qui permet à tout le monde de publier ce qu’il souhaite.
  • le travail des élèves est sauvegardé sur la tablette, et peut être récupéré par d’autres. Ils apprennent beaucoup en regardant la galerie de photos de la tablette.
  • l’enseignant peut sortir la tablette quand il le souhaite, et la confier à un élève ou à un groupe d’élèves avec une mission précise : qu’avez-vous vu ? qu’avez-vous retenu ? qu’allez-vous publier pour les autres ? L’approche est clairement complémentaire, mais si on veut rendre le travail numérique des élèves moins “anecdotique”, le “tout BYOD” est - pour le moment - clairement non fonctionnel. Les tablettes du lycée sont des objets transitionnels qui servent de passerelle, pour caler de nouvelles routines de classe, permettre aux élèves d’en voir l’intérêt, le moment où on l’utilise, etc.

[4(Statistiques de septembre 2015 sur 250 élèves du lycée Suger de Saint Denis)

[6« Hashtag », ou « Mot-dièse », ou « Mot-clic » est le nom d’un mot-clé précédé par un « # » dans plusieurs médias sociaux.

[7Lire à ce sujet l’article d’Antoine Taly « De Twitter à l’intelligence collective »

[8Voir la vidéo de Vincent Audebert qui argumente précisément les intérêt et les enjeux du BYOD

[9Au lycée Suger, 4 Nexus 7 de Google, complétées ponctuellement par un ipad mini du CDI

 

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